Accueil > Culture | Par Aline Pénitot | 19 novembre 2014

La dernière danse de Maguy Marin pour le Forum de Blanc-Mesnil

La compagnie Maguy Marin jouait hier au Forum de Blanc-Mesnil, dans ce théâtre mis au tapis par la nouvelle municipalité. Depuis plus de quinze ans, le Forum menait un travail exceptionnel d’accès à la création contemporaine pour l’ensemble de la population de la ville. Et bien au-delà.

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Le Forum du Blanc-Mesnil accueille ses derniers spectacles. Jeudi 13 novembre, le nouveau maire UMP a mis fin à la convention qui liait le Forum, la Ville, les autres collectivités territoriales et l’État. L’association qui fait vivre le lieu ne survivra pas au-delà de fin décembre.

Ce sont vingt emplois permanents menacés ; deux-cents à deux-cent-cinquante intermittents déprogrammés pour la fin de la saison ; six compagnies en résidence fragilisées. Ce sont aussi des liens humains qui tissaient une ville au quotidien qui disparaissent. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les hôpitaux, les centres sociaux, les services municipaux, les maisons de retraites, les associations menaient avec les artistes en résidence des projets de toutes sortes depuis une quinzaine d’années.

Des mots introuvables

Mardi 18 novembre, Maguy Marin présente Bit, en partenariat avec le Festival d’Automne. Trente ans de carrière pour la chorégraphe et sa rage est intacte. "Bit", pour le rythme, pour le 0-1 informatique, pour la binarité simpliste qui peut mener à la barbarie. Comme pour chaque date de la compagnie, la salle est comble.

Une musique puissante entraîne six danseurs dans une farandole sur le fil. Ce pourrait être un sirtaki, une carmagnole, une sévillane. Les corps sont liés, solidaires, joyeux ; ils virevoltent pourtant difficilement sur des planchers inclinés. À mesure que la musique noircit, la farandole tangue, elle laisse présager le pire. Elle le frôle dans une orgie cruelle. Elle plonge une fois dans l’horreur d’une scène de viol. Ça et là surgissent des cloportes, des Parques, ces fileuses qui mesurent la vie des hommes et tranchent leur destin. La farandole plonge une deuxième fois dans l’horreur à travers une tournante macabre. Et elle repart de plus belle dans un troublant envol final. Un envol suicidaire.

La dernière création de Magnai Marin résonne profondément avec le contexte politique local comme national. Dans le silence d’une salle bouleversée, un danseur de la compagnie prend délicatement la parole :

Bonjour,
Nous ne trouvons pas les mots.
Nous ne trouvons pas les mots qui puissent exprimer notre enthousiasme quand une équipe décide de défendre notre travail en nous programmant dans son théâtre.
Nous ne trouvons pas les mots qui puissent vraiment exprimer l’énergie, les échanges, les efforts qui se déploient pour que des lieux comme ce théâtre continuent à tisser des liens essentiels avec une population pour répondre à leur juste désir de rencontrer l’art et la poésie près de chez eux auprès des artistes.
Nous ne trouvons pas les mots devant des actes qui réduisent au silence d’un trait radical des lieux de partage et de pensée. Soustraire un lieu comme celui-ci à la vie des habitants de la ville, c’est effacer toute possibilité d’une confrontation civile, c’est donner place à des stratégies politiques, qui lentement, avec un travail morbide de fossoyeur enterrent la libre-pensée au profit d’une programmation divertissante, uniformisante, consumériste qui fait le lit de la barbarie.
Nous ne trouvons pas les mots mais nous avons joué ce soir, contre cette censure, en hommage à l’actuelle équipe du Forum aujourd’hui visée en première ligne, à laquelle nous dédions cette soirée.
Nous, la Compagnie Maguy Marin.

À suivre, notre reportage dans le magazine Regards qui paraîtra mi-décembre : les derniers jours d’un théâtre populaire : le Forum de Blanc-Mesnil.

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  • Une chanson pleine d’espoir.

    La naturalité
    des émotions
    est comme une
    lumière qui
    remplit le matin
    quand l’aube
    de l’espoir
    revient dans
    le coeur.

    Francesco Sinibaldi

    Francesco Sinibaldi Le 19 janvier 2015 à 17:34
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