Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 16 septembre 2014

La France, "homme malade" de l’Europe ?

L’annonce par Michel Sapin des mauvais résultats économiques de la France ne montre pas seulement l’échec de la politique économique suivie depuis deux ans. Il traduit aussi l’impasse dans laquelle l’Europe et la zone euro sont enfermées.

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Michel Sapin a donc annoncé, mercredi 10 septembre, que la croissance de la France serait en 2014 de 0,4% et non de 1% comme prévu fin 2013, et que cette croissance serait au mieux de 1% en 2015 (contre 1,7% initialement prévu). Le déficit public atteindrait 4,4% cette année et non 3,8% comme espéré. Il serait même supérieur à celui de 2013 (4,2%). Dans ces conditions, le retour aux 3% exigés par le Traité européen, accepté par François Hollande en 2012, ne se ferait au mieux qu’en 2017 et non pas en 2015 comme promis. Le retournement de la courbe du chômage continue également de s’éloigner. Les investissements reculent. Le déficit commercial se maintient à un niveau supérieur à 50 milliards et la croissance des prix à la consommation ralentit encore à 0,5% de rythme annuel.

L’échec de la politique économique du gouvernement suivie depuis deux ans, et amplifiée étape par étape au fur et à mesure qu’elle ne portait pas les fruits espérés, est patent. Pour autant c’est à de nouvelles aggravations qu’appelle le front commun des adeptes de TINA (There Is No Alternative). L’idée sous-jacente est que ces résultats seraient plus ou moins spécifiques à la France. Ailleurs, là où on aurait fait le "nécessaire", c’est-à-dire une véritable politique d’austérité et de réformes structurelles antisociales, on serait sorti de la crise ou presque.

La zone euro dans le marasme

Or il n’en est rien. Toute la zone euro est plongée dans le marasme économique. La reprise annoncée au deuxième semestre 2013 est cassée. La zone euro est retournée au régime de la croissance zéro. L’emploi recule à nouveau. La déflation s’installe. La France est dans la moyenne en matière de croissance depuis 2008 et en 2014, comme en matière de chômage, Elle n’est pas le canard noir de la couvée, même si elle est en queue de peloton en matière de déficits.

Source : blog de Philippe Waechter / Natixis

Il n’est d’abord pas exact que la France soit restée à l’abri de l’austérité. La politique budgétaire restrictive menée depuis 2011 (hausse des impôts et ralentissement des dépenses) représente 5 points de production nationale. Du jamais vu même sous Raymond Barre. S’agissant des revenus, le ralentissement des salaires et des prestations sociales a entraîné en 2012 une baisse du niveau de vie médian de 1%.

Ensuite, il n’est pas vrai que cela va mieux là où les efforts d’austérité et de réformes antisociales auraient été menés à une plus grande échelle, comme en Espagne par exemple. Dans ce pays, le chômage est toujours à 25% (50% pour les jeunes). L’Espagne renoue avec l’émigration. La population diminue. Le déficit public est de 5%, la dette publique continue de croitre et approche les 100%, la déflation s’installe. La croissance est en fait à peine supérieure à 1%, et la faible reprise de la demande intérieure suffit à faire repartir le déficit extérieur, faute de capacité de production nationale pour y répondre. Prétendre que l’Espagne est sur la voie du redressement est une opération de pure propagande et un déni de la réalité, explique, faits à l’appui, l’économiste Alejandro Inurrieta (c’est ici – en espagnol).

L’Allemagne fait partie du problème

Voyez l’Allemagne, dit-on aussi. Et bien voyons, justement. Certes, elle a retrouvé un niveau de production plus élevé par rapport à 2008. La croissance est plus forte que dans les autres pays de la zone euro. Ses comptes publics sont à l’équilibre et elle bat des records d’excédents commerciaux, au-delà même de la Chine. Mais son taux de pauvreté est un des plus élevés d’Europe, son marché intérieur n’a pas augmenté par rapport à celui de 2008 et la politique allemande présentée comme modèle pour chaque pays de la zone euro fait partie du problème et non de la solution. C’est ce qu’expliquent des économistes "nobélisés" comme Paul Krugman ou Christopher Sims, ou non nobélisé comme Jörg Bibow.

Par définition, le néo mercantilisme (exporter plus que ce qu’on importe en limitant la progression de son marché intérieur) ne peut être généralisé. Comme l’explique Jörg Bibow, « L’effort collectif pour faire à l’échelle de la zone euro ce que fait l’Allemagne ne peut fonctionner que si devenir aussi compétitif que l’Allemagne permet de construire un grand excédent extérieur vis-à-vis du reste du monde, encore plus grand que ce qui est déjà le cas actuellement. Comme on pouvait s’y attendre, cette tentative a entrainé un appauvrissement considérable et inutile. Elle pousse la zone euro au bord de la déflation, qui, à son tour, aggrave les problèmes de dettes... Mme Merkel peut bien décréter la fin de la crise de l’euro. En vérité, il s’agit de savoir si la zone euro va vraiment résoudre sa crise et se transformer en une communauté de prospérité plutôt qu’une communauté d’appauvrissement, avec un noyau semi-allemand prospère entourée par les États vassaux surendettés. »

Source des graphiques :electograph.blogspot.fr/

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