Accueil > Migrations | Par Marion Rousset | 21 mars 2013

« La majorité des Roms aspire à avoir un logement et un travail »

Le ministre Manuel Valls a expliqué récemment que les Roms « ne souhaitent pas s’intégrer ». Jean-Michel Delarbre, militant de la LDH et du collectif Romeurope, récuse cette affirmation.

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Regards.fr. Que vous inspirent les propos de Manuel Valls sur le refus des Roms de s’intégrer ?

Jean-Michel Delarbre. Nous avons été choqués par ce propos et par ce qu’il révèle. Sachant que Manuel Valls ne méconnaît pas les conditions de vie des Roms, on peut affirmer qu’il s’agit là d’une stratégie. Sur le fond, la déclaration du ministre va à l’encontre de tout ce que nous constatons sur le terrain. Par-delà des particularités qui tiennent à leur histoire, à leurs conditions de vie difficiles dans les pays d’origine, ce sont des migrants comme les autres. La très grande majorité d’entre eux aspire à avoir un logement et un travail, à gagner de l’argent, à mener une vie familiale et à voir leurs enfants scolarisés. C’est d’abord parce qu’ils connaissent une situation d’insécurité sociale terrible, doublée d’une forte stigmatisation dont ils sont victimes, qu’ils n’y parviennent pas.

Quid des « raisons culturelles » évoquées par le ministre qui seraient un obstacle à l’intégration de ces populations ?

Certains éléments culturels contribuent peut-être à renforcer la difficulté. Les Roms ont par exemple la volonté de maintenir la tradition d’une vie en groupe familial large – tradition qui existe d’ailleurs également chez d’autres populations, notamment africaines. Les migrants tiennent à cet aspect communautaire qu’ils reconstituent dans les campements. Ceci dit, quand on leur offre la possibilité d’avoir un logement digne de ce nom, quand on favorise leur accès au travail et la scolarisation de leurs enfants, on s’aperçoit que ces habitudes peuvent être surmontées. On a aussi la possibilité de créer des structures d’accueil qui permettent de prendre en compte cette spécificité familiale. Des expériences se mènent dans le département du 93, par exemple à Saint Denis autour du Hanul [1], ou encore à Montreuil et Aubervilliers avec les villages dits d’insertion. Dans le Val-de-Marne, une initiative a permis d’associer les familles Roms à la construction de leur logement. Des solutions existent si les pouvoirs publics s’en donnent les moyens.

Le PS mène-t-il une politique de démantèlement des camps identique à celle inaugurée sous la présidence de Nicolas Sarkozy ?

Le parallèle mérite d’être nuancé. Au mois d’août dernier, une circulaire interministérielle est passée, témoignant d’une évolution positive. Elle concernait « l’accompagnement du démantèlement des campements », ce qui n’était en soi pas tellement rassurant. Mais son contenu était intéressant. Nous continuons d’ailleurs à nous appuyer sur cette circulaire qui prévoyait que l’Etat et les pouvoirs publics mènent un diagnostic social sur les besoins de ces populations avant tout démantèlement. Elle offrait ainsi la possibilité de proposer aux Roms des solutions alternatives en matière de logement et d’implantation. Mais depuis, les faits ont démenti ces bonnes intentions. A la rentrée nous avons connu une vague d’expulsions largement à la hauteur de celle qui eut lieu sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2010-2011. Le rythme des expulsions s’est un peu calmé pendant l’hiver, notamment en raison de décisions de justice en Seine-Saint-Denis qui ont octroyé par exemple un délai de délai de 4 mois pour le démantèlement d’un camp à Rosny-sous-Bois. Idem à Evry, dans la ville du ministre de l’Intérieur ! Quant à la dernière déclaration de Manuel Valls, elle atteste d’une volonté maintenue de stigmatiser ces populations et de mener une politique répressive.

Quelles en sont les conséquences concrètes sur le quotidien des Roms ?

Leurs conditions de vie se détériorent. Ils sont contraints de trouver de nouveaux lieux toujours plus précaires, plus dangereux, plus éloignés que les précédents. Du coup, le travail des associations sur le terrain est compromis. Et par ailleurs, de telles déclarations encouragent les réactions xénophobes, racistes, des populations qui côtoient les Roms. Comme les municipalités ne font rien localement pour assurer l’évacuation des ordures, créer un accès à l’eau et aménager des sanitaires corrects dans les campements, la situation devient insupportable pour les riverains… Nous sentons monter des tensions qui pourraient déboucher sur des violences.

Cet hiver, le dispositif d’aide au retour a été supprimé et les montants réduits. N’est-ce pas l’équivalent d’une double peine ?

Cela s’inscrit dans le cadre de la politique répressive qui est menée aujourd’hui. Mais le gouvernement français n’est pas seul responsable. L’Europe pourrait obliger les Etats membres à mieux accueillir ces populations et contraindre des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie à améliorer leur situation sur place. Certes, « obligation » est un grand mot concernant l’Union européenne. Mais celle-ci aurait en tout cas les moyens d’inciter au respect des droits et de financer des projets. Il existe des fonds européens largement sous-utilisés. Seulement voilà, la politique menée à l’encontre des Roms est tellement répressive que très peu d’institutions publiques se demandent s’il existe des leviers financiers pour agir autrement.

Notes

[1Après le démantèlement du campement du Hanul, les politiques locales ont lancé un projet d’habitat modulaire, préfabriqué en atelier avec les Roms expulsés.

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