Accueil > Culture | Par Aline Pénitot | 4 avril 2013

La revue Cassandre / Horschamp joue gros

Salle comble, mardi soir, à la Maison des Métallos à Paris. Une soirée de soutien est organisée au profit de la revue culturelle Cassandre/Horschamp qui bat de l’aile. Nombreux sont ceux qui sont venus témoigner leur solidarité ou signer un petit chèque. Dans ce milieu culturel-là, on n’est pas riche.

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La revue Cassandre/Horschamp ne suit aucune tendance « bankable ». Depuis le quartier bobo d’Oberkampf, on se laisse même aller à critiquer son esthétique peu sexy. Cassandre/Horschamp déniche des artistes et des acteurs culturels qui sévissent là où l’art ne va pas de soi : en prison, dans les banlieues, dans les hôpitaux et les campagnes... et de poser des analyses plutôt costaudes sur la production d’un imaginaire en prise sur son temps social et politique. Alexandre Romanès, artiste de cirque tzigane, témoigne : « Lorsqu’un média nous appelle, c’est parce qu’un camp Rroms se fait expulser. Cassandre/Horschamp se déplace pour découvrir notre travail artistique. » La revue fait régulièrement circuler les appels de compagnies ou de squats en danger. Elle existe depuis 17 ans, elle n’a jamais demandé d’aide pour elle-même. Aujourd’hui le moindre événement la met en péril, elle a sérieusement besoin d’argent.

Bernard Lubat, musicien improvisateur, a fait le déplacement depuis Uzeste, au fin fond du Sud-Ouest, pour apporter un liant magique à la soirée. Il s’installe face aux orateurs qui défilent. Au piano, il souligne habillement leurs interventions : Sylvie Crossmann, l’éditrice d’Indignez-vous, la conteuse Mimi Barthélémy, le slameur 129H, le chercheur Emmanuel Wallon… Pas de sensiblerie, pas de bla-bla grandiloquent. Les propos claquent, les phrases sont courtes, les jeux de mots de Lubat fusent. Il s’agit de resserrer les rangs d’un milieu qui meurt et de le faire dignement. Les coupes du budget de la culture sont franches. Quand un Ministre de l’intérieur, Manuel Valls insulte les Rroms, dans le milieu culturel sérieux, résonne l’idée que c’est toute la question du rapport à l’autre qui est en danger et donc, l’essence même de création artistique. La philosophe Marie-José Mondzain s’exprime avec calme : « Je ne fais pas de la culture un enjeu qui dépendrait des choix politiques, mais je fais de la culture une condition des possibilités de la vie politique elle-même. » Il n’y a plus de complaisance avec les dérives d’un gouvernement dit à gauche. Nicolas Roméas est clair : « Beaucoup sont sortis épuisés du quinquennat précédent. Nous qui avons résisté, ce serait un paradoxe d’être achevé par celui-ci ». Alors au discours de Frédéric Hocquard, le responsable culture du Parti socialiste, les applaudissements sont faibles.

Nicolas Roméas n’a pas que des amis et il ne s’empêche pas de fustiger « 70%
du milieu culturel opportuniste qui ne prend plus aucun risque et qui ne
sert à rien.
 » Et d’ajouter : « La culture est d’abord un vecteur de relations. Est-ce que c’est du social, du politique, du culturel ? Ces catégories ne m’intéressent pas. Ce qui m’intéresse, c’est de créer un véhicule qui sillonne ces endroits-là. » Hedi Maaroufi, slameur, journaliste à Cassandre/Horschamp, prend le micro. Il se pose fébrilement en face de Bernard Lubat et balance « ma poésie ne lâchera pas l’affaire ». Nicolas Roméas est ravi, le public est en suspens. La beauté d’une rencontre, improvisée et à hauts risques, opère.

En attendant des temps meilleurs, il est essentiel que Cassandre/Horschamp perdure, les dons et les abonnements sont bienvenus.

Pour soutenir la revue Cassandre/Horschamp : www.horschamp.org

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