Beppe Grillo
Accueil > Monde | Par Benoît Borrits | 27 février 2013

Le Mouvement 5 étoiles à la croisée des chemins

Le résultat des élections italiennes ne permettra pas l’émergence d’une majorité stable. Le mouvement contestataire cinq étoiles de Beppe Grillo apparaît comme l’arbitre de l’avenir du pays. Il pourra aussi bien entrer en coalition au risque de se diviser ou perdre son âme ou approfondir sa critique du système pour faire renaître une alternative en Italie.

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Comme pour le référendum français sur le Traité constitutionnel de 2005, la majeure partie des commentateurs apparaissent étonnés des résultats des élections italiennes. Tout d’abord, le « sauveur » de l’Italie, Mario Monti, souvent dénommé Super-Mario, se prend une belle veste avec 9,1% des voix au Sénat. Qu’attendait-on d’un leader peu charismatique dont l’unique succès est d’avoir imposé aux italiens les mesures d’austérité préconisées par la Commission européenne qui ont plongé l’Italie dans la récession ? La seconde surprise serait le score des listes du Mouvement cinq étoiles. Mouvement composite créé il y a quatre ans par l’humoriste Beppe Grillo, il se veut partisan de la démocratie directe, d’une écologie pro-active et dénonce la corruption de la classe politique qui aurait mené l’Italie au désastre. Là encore, comment s’étonner du succès d’une telle liste face à une offre politique composée d’une coalition de droite menée par l’éternel revenant Silvio Berlusconi et d’un centre-gauche dirigé par le Parti démocrate emmené par Pier Luigi Bersani qui annonçait faire alliance avec Mario Monti pour diriger l’Italie ?

La liste de centre-gauche était donnée gagnante et, en coalition avec la liste Monti, devait disposer d’une confortable majorité tant à la Chambre des députés qu’au Sénat. En clair était programmé qu’au gouvernement technique de coalition mené par Mario Monti, devait succéder un gouvernement dont Mario Monti aurait été un des inspirateurs. Là encore, peu séduisant pour les électeurs d’un pays confrontés à la récession depuis plusieurs années. S’étonner du retour de Selvio Berlusconi ? Certes, celui-ci a mené une campagne tambour battant mais celui-ci est aussi un ancien soutien de Mario Monti. Du coup, les électeurs de droite ont sans doute préféré le style flamboyant du Cavaliere plutôt que le terne duo Monti-Bersani.

Le système électoral italien avait été récemment modifié pour pousser à former des coalitions pré-électorales qui pourraient créer des majorités stables grâce à une prime à la première liste. Ceci s’applique à la Chambre des députés sur une base nationale et au Sénat sur une base régionale... et c’est là que la bât blesse. Si le Parti démocrate et ses alliés ont une majorité absolue à la Chambre des députés (345 sur 628), cela n’est pas le cas au Sénat où, même en y additionnant les sénateurs de la liste Monti, le centre-gauche n’obtient que 142 sièges sur 313. Du coup, pour faire une majorité, il faudra s’allier soit à Berlusconi, soit à Beppe Grillo. Dans la première hypothèse, ce serait la reconduction de la coalition autour du premier gouvernement Monti qui avait déjà échoué. Dans la seconde, nous entrerions dans une nouvelle phase de la vie politique italienne. Cela est-il possible ?

Il est difficile de prédire ce que donnera le mouvement cinq étoiles confronté à l’exercice du pouvoir dans le contexte d’une coalition avec le Parti démocrate. Par bien des aspects, le programme de ce mouvement peut être qualifié de progressiste : contrôle accru de la vie politique par les citoyens, amorce d’une reconversion énergétique, contestation des monopoles privés et publics de l’information, de nombreuses mesures économiques affichant un contrôle citoyen sur les entreprises et les actionnaires, une approche écologique de la mobilité, droit à la santé pour tous... A priori un programme difficilement compatible avec celui du centre-gauche centré sur cette impossible équation de la combinaison de l’austérité budgétaire et de la relance de la croissance. Pourtant, il existe un terrain sur lequel une convergence pourrait se faire, celui d’une offensive contre les services publics. Le programme du Mouvement 5 étoiles prévoit la suppression des provinces, équivalent transalpin de nos départements. De même, il préconise la fusion obligatoire des communes de moins de 5000 habitants. Son leader Beppe Grillo n’a-t-il pas développé durant la campagne diverses attaques contre les fonctionnaires ? C’est peut-être sur ces points que le tandem Bersani-Monti trouvera ici un allié. Comment ces mesures seront-elles intégrées ? Avec des licenciements de fonctionnaires ? Intéressant aussi de constater que le programme de ce mouvement n’intègre aucune proposition en faveur de l’emploi ou du partage du travail, qui sont pourtant au cœur des préoccupations des italiens...

Nous nous trouvons ici à la croisée des chemins. Ou le Mouvement cinq étoiles reste dans une posture contestataire et on peut s’attendre à une forte instabilité politique qui engendrera de nouvelles frustrations dans la population. Il faudra alors que le Mouvement cinq étoiles approfondisse son programme politique dans le sens de la rupture avec l’austérité pour apparaître comme une relève possible. Ou celui-ci rentrera en coalition gouvernementale et il est probable qu’il se divisera. C’est exactement le dilemme auquel la gauche radicale a dû faire face entre une coalition « obligée » avec le Parti démocrate (choix de Gauche, écologie et liberté, associé au PD) et un refus qui l’a marginalisé (Fédération de la gauche). Dans un tel cas, gageons que les éléments de gauche de ce mouvement cins étoiles et la Fédération de gauche pourront se regrouper pour faire entendre une autre voie possible pour ce pays.

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