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Accueil > Monde | Par Jean-Baptiste Mouttet | 19 mars 2014

Le mouvement étudiant plonge le Venezuela dans la crise politique

Les manifestations qui ébranlent le Venezuela depuis plus d’un mois écornent l’image de la révolution bolivarienne, et confrontent Nicolas Maduro à une opposition divisée ainsi qu’aux mécontents de son propre camp.

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Depuis un mois et demi, le Venezuela vit dans l’incertitude. Les manifestations des étudiants et de l’opposition contre la gestion du président socialiste Nicolas Maduro, ont secoué un pays habitué aux bouleversements politiques. Les souvenirs du « caracazo » en février 1989, ces émeutes intervenues après une politique d’austérité, voulue par le FMI et mise en œuvre par le président Carlos Andrés Perez (1974-79, 89-93), ou le coup d’État qui écarta durant quarante-huit heures Hugo Chavez du pouvoir, remplacé par le patron de Fedecamaras, le Medef vénézuélien, sont encore vivaces.

« Les enfants du Caracazo », comme Hugo Chavez présentait les partisans de la révolution bolivarienne, ont craint un coup d’État comme en 2002. Nicolas Maduro n’a pas manqué de multiplier les parallèles. Les opposants de la coalition hétéroclite de la MUD (Table de l’unité démocratique) ont récupéré le mouvement étudiant né le 4 février, à San Cristobal, dans le nord-ouest du pays. Ces étudiants protestaient d’abord contre une tentative de viol sur le campus puis contre la « répression » du gouvernement qui avait lancé une vague d’arrestation après que des jeunes s’en soient pris à la maison du gouverneur.

L’opposition se radicalise

Dès le 12 février, des acteurs de la MUD ont convoqué une manifestation, qui s’est conclue dans un premier bain de sang : trois manifestants tués par balles (au total, aujourd’hui, il y a eu 29 tués). Maria Corina Machado, députée du groupe parlementaire Movida parlamentaria et Leopoldo Lopez, dirigeant du parti Volonté populaire, sont parmi les instigateurs de cette manifestation. Ce dernier a été emprisonné pour incitation à la violence. Ces deux politiques avaient joué leur partition lors du coup d’État de 2008 : Maria Corina Machado signait le décret propulsant au pouvoir le dirigeant de Fedecamaras, tandis que Leopoldo Lopez appelait à manifester contre le gouvernement socialiste. Ils sont aussi connus pour être proches des États-Unis. [NOTE Les câbles de Wikileaks évoquent Leopoldo Lopez à 77 reprises (par exemple ici en 2009). En 2008, il rencontrait un sénateur démocrate et une de ses proches faisait part à l’ambassade des États-unis que présenter « Lopez comme une victime des machinations de la révolution bolivarienne ferait de lui un candidat plus populaire. ». Le 18 février dernier, il s’est lui-même rendu aux autorités suivi de ses partisans, théâtralisant ainsi son arrestation.

Les partis politiques de l’opposition ont les moyens d’influencer le mouvement étudiant. Beaucoup des jeunes meneurs ont un pied dans un parti politique comme, par exemple, Gabriela Arellano, représentante étudiante de l’Université des Andes et aussi représentante des jeunes de Volonté populaire de Leopoldo Lopez. L’incarcération de ce dernier, sans que sa libération ne soit le mot d’ordre des manifestations, l’a rendu populaire dans les quartiers aisés de l’agglomération de Caracas. « Au moins il est direct, il sait ce qu’il veut », lance Julia Canizales depuis une place de la municipalité de Chacao dont Leopoldo Lopez a été maire de 2000 à 2008. Elle qualifie au passage Henrique Capriles – le candidat de la MUD défait aux présidentielles en octobre 2012 puis en avril 2013 et plus modéré – de « mou ».

Le gouverneur de l’État de Miranda assure que le mouvement doit « gagner le peuple » pour avoir de réelles chances d’aboutir sur des réformes. Il est passé au second plan nationalement. Son parti, D’abord la Justice, a gagné moins de municipalités que Volonté populaire aux municipales de décembre. Il tente de se repositionner comme un meneur de la MUD incontournable notamment en affirmant qu’il négocie un débat avec Nicolas Maduro.

Nicolas Maduro aussi attaqué sur sa gauche

Alors que la MUD tente de cacher ses divisions internes, Nicolas Maduro ne sortira pas de la crise sans y laisser quelques plumes. Il n’a cessé d’envoyer des messages contradictoires, parfois dans le même discours. Accusant les monteurs de barricades d’être à l’origine des violences, rejetant toute implication des "collectifs" – milices révolutionnaires – dans les agressions, alors que pour l’opposition ils ont tiré sur la foule, il se pose en défenseur autoritaire de la révolution bolivarienne. Mais en appelant à une "conférence nationale de la paix" à quelle a participé Fedecamaras le 26 février, en se disant prêt à recevoir Henrique Capriles avec « respect », tout en le traitant de « lâche », il crispe encore plus les Vénézuéliens qui ont voté pour le gouverneur de Miranda, tout en froissant son aile gauche.

« Hugo Chavez savait parler au peuple, lui », dénonce Francisco Perez, fondateur d’une radio communautaire, gérée par les habitants, depuis La Vega, un "barrio" vénézuélien semblable aux "favelas" brésilienne. Il n’a pas digéré que Nicolas Maduro rencontre le patron des patrons. « Les gens ici sont fatigués. Le gouvernement ne s’en prend pas aux véritables sources du problème », dit-il. Selon lui, les pénuries (près d’un tiers des produits manque sur les étalages), l’inflation qui ne cesse d’augmenter (57,3% en février depuis l’année précédente) sont les produits d’un « plan de déstabilisation » orchestré par les « ennemis de la révolution ». Le dirigeant d’un "collectif" non armé, qui défend la construction d’un pouvoir local et gère une station radio, Juan Contreras, rejoint Francisco : « Le gouvernement manque de fermeté », notamment contre l’insécurité.

Au-delà des critiques de l’extrême gauche, les "ni, ni" (ni chavistes, ni opposition) prennent plus d’importance dans les milieux populaires : « L’opposition devrait cesser les violences et dialoguer. Maduro, lui, continue de diriger comme si il avait eu une large majorité derrière lui », soutient Carmen, retraitée, alors qu’elle et sa fille se promènent dans le centre de Caracas. En avril 2013, Nicolas Maduro a gagné avec 50,61% des voix.

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  • Bonjour, vous ecoutant sur France-Inter, votre papier actuel sur la Venezuela est qq peu reducteur..
    Lorsque vous evoquez les missions de santé Cubaines, (qui ne correspondent qu’a des soucis de sante vraiment mineurs), mais bien..ils sont la...parlez aussi des Cubains au sein du gouvernement, ces hommes de la Contre Intelligence Militaire Cubaine en arme et uniforme dans l’espace public.., dans l’armee a tous les niveaux..
    Dans les barios contrairement a ce que vous dites, l’appui a Maduro c’est amenuiser drastiquement, meme si ils ne protestent pas avec le mouvement actuel auquel ils ne s’indentifient pas socialement parlant...(je vais dans tous les Barios..)
    Pourquoi ne dites vous pas que le Venezuela vit une "dictature" puisque absolument tous les pouvoirs sont concentres dans les mains de l’officialisme..? et en use comme bon lui semble, quand aux collectivos..allez voir et vous rendre compte pour decrire une situation reelle..(P.S.je ne suis pas de droite..) cordial saludos, Eric

    Erpo Le 22 mars 2014 à 12:06
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