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Accueil > Politique | Par Bernard Marx | 1er septembre 2014

Le spectacle affligeant d’une vieille gauche passée à droite

De la démission du gouvernement à l’annonce de réformes par ordonnance, en passant par les déclarations d’amour au Medef, l’affirmation par l’exécutif d’une ligne sociale-libérale s’est accélérée. Retour en paroles sur une "semaine d’une grande gravité"*.

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Mardi 26 août. Constitution du nouveau gouvernement

La composition du nouveau gouvernement "Valls II" est annoncée : Sortie d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Aurélie Filippeti. Entrée d’Emmanuel Macron, ex-rédacteur du rapport de la commission Attali sous Nicolas Sarkozy, ex-banquier d’affaires, ex-secrétaire général adjoint du président François Hollande et nouveau ministre de l’Économie.

À lire : "Emmanuel Macron, l’ex-banquier qui murmure à l’oreille de François Hollande".

Mercredi 27 Août. Manuel Valls au Medef : « Et moi, j’aime l’entreprise »

Le discours de Manuel Valls lors de l’université d’été du Medef provoque une standing ovation méritée des militants du syndicat patronal : « La France a besoin de ses entreprises, de toutes ses entreprises (...), car ce sont les entreprises qui, en innovant, en risquant les capitaux de leurs actionnaires, en mobilisant leurs salariés, en répondant aux attentes de leurs clients, créent de la valeur, génèrent de la richesse qui doit profiter à tous. Et moi, j’aime l’entreprise ! » Joignant le geste à la parole, il annonce qu’après le Pacte de responsabilité, vient maintenant le temps de l’assouplissement des seuils sociaux, de l’allègement des conditions du travail du dimanche et de la « simplification active » du code du travail.

À lire : "J’aime l’entreprise" par Jean-Marc Guillaumond et "Manuel Valls ’aime l’entreprise’ : une déclaration puérile digne d’une cour de récré" par François Garçon.

Le même jour. Macron fait feu sur les 35 heures

Emmanuel Macron frappe déjà, avant même son entrée en fonction : il expose dans une interview au Point qu’il faudrait «  autoriser les entreprises et les branches à déroger aux règles de temps de travail et de rémunération », « dans le cadre d’accords majoritaires » avec les syndicats. Une telle évolution permettrait de « sortir de ce piège où l’accumulation des droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui ne travaillent pas ».

L’interview a été réalisée à la veille de la nomination. Il n’en est pas question, réplique Manuel Valls, qui le répète dimanche 1er septembre durant l’université du Parti socialiste à La Rochelle. Preuve, dit-il, que le gouvernement reste à gauche. En réalité, il y a belle lurette que la remise en cause des 35 heures n’est plus portée que par le quarteron de la droite la plus dure et la plus idéologique. Mais pas par Pierre Gattaz, ni par le patronat. Tout cela constitue donc surtout une preuve que pour le nouveau ministre de l’Économie la doxa libérale prime sur tout – même sur les faits.

À lire :"La fin des 35 heures, les entreprises n’en veulent pas" (Alternatives économiques).

Jeudi 28 Août. Michel Sapin apporte des « preuves d’amour » au Medef ; le ministre allemand des Finances fait la leçon

Après Manuel Valls, ce sont Michel Sapin et Wolfgang Schauble, le ministre des Finances allemand, qui ont fait le déplacement à l’université d’été du Medef. « Hier des déclarations d’amour vous ont été faites, il m’appartient aujourd’hui de vous donner quelques preuves d’amour », a dit le ministre français. Il a assuré que l’intégralité des baisses du coût du travail et des prélèvements sur les entreprises qui avaient été annoncées seraient mises en œuvre, ainsi que les économies en dépenses publiques, et a promis d’empêcher à l’avenir les mesures fiscales rétroactives. L’État prend ses responsabilités, « je vous fais confiance pour prendre les vôtres », a-t-il affirmé.

« Nous avons besoin de réformes ambitieuses, qui ne soient pas seulement annoncées, mais aussi mises en œuvre », a insisté Wolfgang Schauble. « Je salue et je soutiens le Pacte de responsabilité du gouvernement français, a-t-il expliqué. Ce Pacte va renforcer la France, et donc aussi l’Europe. Mon collègue Michel Sapin et moi-même sommes d’accord sur le fait que nous n’obtiendrons pas une croissance économique durable et pérenne avec des déficits continuellement élevés, mais seulement grâce à une politique budgétaire solide, accompagnée de réformes structurelles et d’investissements ciblés. Il faut impérativement conduire des réformes structurelles, visant avant tout les marchés du travail, pour parvenir à relancer durablement l’économie. Je me félicite donc tout particulièrement de constater qu’en France, le débat actuel sur les réformes met plus l’accent sur les marchés du travail ».

Vendredi 29 août : Valls enterre la loi Duflot

Manuel Valls, entouré des ministres du Logement (Sylvia Pinel) et de l’Écologie (Ségolène Royal), annonce les mesures décidées par le gouvernement pour « relancer la construction immobilière » : le dispositif d’encadrement des loyers inscrit dans la loi Duflot ne sera pas appliqué – sauf pour Paris à titre expérimental – et de nouveaux avantages fiscaux sont ajoutés pour les investisseurs immobiliers.

Une décision qualifiée « d’inouïe » par l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot. L’encadrement des loyers « a été voté par l’unanimité de la majorité et le Premier ministre tout seul annonce son abandon, c’est inouï ! », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Paris. « Ce n’est pas ma loi, c’est la loi de la majorité, c’est la traduction de l’engagement numéro 22 de François Hollande ». Samedi 30, Martine Aubry a réclamé que la ville de Lille, dont elle est maire, ainsi que d’autres communes qui le souhaiteraient puissent malgré tout l’appliquer.

Vendredi 29 Août. Valls et Macron vont gouverner par ordonnances

Rabaissant encore les pouvoirs du Parlement, le gouvernement a confirmé l’information parue dans les Échos, selon laquelle il recourra à partir du mois d’octobre à des ordonnances pour légiférer sur les professions réglementées, le travail du dimanche et les seuils sociaux. Une « loi d’habilitation à procéder par ordonnances » sera présentée à l’automne en Conseil des ministres. Le gouvernement fait ainsi ce que la droite a d’ores et déjà annoncé pour son retour aux affaires.

Samedi 30 et dimanche 31 août. Social-démocrate vous dis-je !

À la fin de cette semaine de clarifications en tous genres, Manuel Valls et François Hollande restent bien conscients qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Manuel Valls a donc rejeté, à la Rochelle, l’étiquette d’austérité, et François Hollande a rejeté celle de social-libéral pour qualifier leur politique. François Hollande s’accroche au terme de social-démocrate qu’il juge sans doute plus positif. « Je n’ai pas besoin de faire des mouvements sur les mots, j’ai dit que j’étais social-démocrate, je l’ai toujours été, et c’est parce que je suis socialiste », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse à l’issue du Conseil européen à Bruxelles. Il a saisi l’occasion pour exiger que le Parti socialiste soit « à l’unisson » de sa ligne politique et économique : « J’ai besoin d’avoir un parti dans la majorité qui soit à l’unisson de ce que je propose. Cela n’empêche pas le débat, ça ne coupe pas la discussion, mais elle doit être menée à bien dans la perspective que j’ai définie. »

Et, comme dit le slogan publicitaire d’un opérateur de téléphonie mobile, « ce n’est pas fini » !

* « On vient de vivre une semaine de grande gravité ». Manuel Valls, 30 Août 2014

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Vos réactions

  • C’est pourquoi il est vital qu’à la réunion du 6 quelque chose se passe !

    Dominique FILIPPI Le 3 septembre 2014 à 18:39
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  • social-démocrate, social-libéral ... vous avez peur des mots ? Il s’agit bien d’un parti libéral tout court

    christine Le 4 septembre 2014 à 17:33
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  • Moi la seule chose que je veux lire dans Regards et notamment de ses principaux animateurs c’est ne pas être dans le factuel vis à vis de JLM et de le soutenir de façon moins timorée.La gauche ne peut se passer d’un tel leader même s’il a commis des erreurs (symétrie avec Le Pen, discours de Marseille - inaudible alors qu’il était entre 15 et 17% à une semaine du 1er tour pour le plus grand nombre du fait de la lepénisation des esprits y compris dans l’électorat qui avait le plus besoin d’un FDG fort - à des années-lumière des préoccupations fraternelles vis à vis des immigrés !On aurait dû entendre cette autocritique de la part de JLM lui-même tant cela a été ressenti comme nécessaire par des milliers de militants au contact avec les milieux populaires .).

    Ceci dit , il n’y en a pas d’autre crédible et je pense que la réunion du 6 et les commentaires qui suivront cette réunion doivent être clairs sur le soutien à JLM . Nous ne pouvons nous payer le luxe du spectacle de division donné par le FDG depuis les Municipales. C’est çà ou la mort de gauche de trans formation politique, économique et sociale. Tout le reste n’est que lutte pour conserver ( et en définitive perdre ) des places . DONC INDIGNE.

    Dominique FILIPPI Le 5 septembre 2014 à 11:23
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