Accueil > Société | Par Marion Rousset | 22 janvier 2013

"Les personnels sont révoltés par la méthode, autant que par le fond de cette réforme"

Les enseignants du premier degré défilent aujourd’hui contre le chantier lancé par Vincent Peillon. Véronique Ponvert, membre du collectif d’animation du secteur éducation de la FSU, explique les raisons de cette colère.

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Regards.fr. L’école était un secteur sur lequel le PS promettait de mener une politique de gauche, or Vincent Peillon semble s’être mis à dos une partie du monde enseignant. Pourquoi le chantier qu’il lance suscite-t-il une telle méfiance ?  

Véronique Ponvert. François Hollande a annoncé qu’il faisait de la jeunesse sa priorité, qu’il mettait l’école au centre des préoccupations du gouvernement et que le ministère de l’Education était à ce titre prioritaire. De là à dire qu’il comptait mener une politique de gauche sur le sujet, il y a un monde ! En effet, une politique éducative de gauche aurait été, par définition, en rupture avec la politique de ses prédécesseurs, or ce n’est pas du tout le cas. Vincent Peillon a certes mis un terme à l’hémorragie de postes dont était victime l’Education nationale, mais sur de nombreux points, la continuité est la règle : le monde enseignant s’est élevé contre les réformes issues de la loi Fillon, et la plupart de ces dispositifs sont toujours en place, voire sont renforcés... Le dispositif ECLAIR en éducation prioritaire sévit toujours. Avec son lot de dégradations : ghettoïsation, déréglementation... Le Livret personnel de compétences (LPC) adossé au socle est toujours en vigueur, alors que cela n’aurait rien coûté de supprimer cet “outil” contesté par tous... La volonté de rapprocher le collège de l’école primaire pour aller vers une "école du socle" est toujours présente et inscrite dans le projet de loi, la réforme des lycées n’est pas remise en cause, la logique d’individualisation règne toujours sur le système dans son ensemble, et va à l’encontre d’une véritable démocratisation de l’école... La liste est longue de ce qui serait à revoir, de ce qui aurait pu l’être si le projet de ce gouvernement avait prévu une véritable refondation, dont l’école a grandement besoin. Pour bien des collègues, il s’agit plutôt de toilettage, de cosmétique, et non de grands travaux. Sur bien des sujets, les contraintes budgétaires sont avancées comme des raisons pour ne pas agir, mais en réalité, il s’agit plutôt pour ce gouvernement de choix.

Pourquoi la réforme des rythmes scolaires concentre-t-elle la critique ? En particulier celle des enseignants parisiens qui semblent les plus mobilisés ?

La réforme des rythmes a été initiée sous le gouvernement Sarkozy, le comité de pilotage qui travaille sur le dossier est en place depuis plusieurs mois. Là encore, il s’agit de continuité et non de rupture. Si chacun, y compris les enseignants, s’accorde à dire qu’il faut réfléchir à d’autres rythmes, on ne peut esquiver les difficultés liées à ce dossier : c’est un sujet transversal, les décisions prises auront des larges retombées sur l’organisation de la vie familiale, sur le temps de travail des personnels, sur les intérêts économiques du pays, sur le budget des collectivités territoriales... Alors, en effet, il faut poser en premier lieu que cette réforme vise avant tout à améliorer les conditions d’études des enfants, c’est un préalable essentiel. Et ensuite, il faut tenir tous les bouts du dossier et veiller à ce que les retombées ne soient pas négatives pour une catégorie de personnes. Aujourd’hui, l’équilibre n’est pas tenu : en tant que syndicat, nous pensons aussi à la défense des personnels, c’est évident. Or, on demande aux personnels, enseignants et non enseignants, avec cette réforme, de travailler une demi-journée de plus. Ce qui entraîne des frais de route, de garde d’enfants etc., sans contrepartie financière. On charge la semaine, en la densifiant pour les élèves qui travailleront donc 5 jours d’affilée, en aménageant des temps scolaires différents comme, par exemple, une pause méridienne allongée, sans que le bénéfice, en terme de qualité d’étude, soit au rendez-vous. Et, cerise sur le gâteau, la réforme ne prévoit même pas l’obligation de consulter les conseils d’école, et encore moins de tenir compte de leur avis au sujet de ces décisions lourdes de conséquences. Elle laisse les collectivités territoriales décider de l’organisation scolaire, avec tout ce que cela implique de disparités et d’inégalités d’un territoire à l’autre ! Il est normal que les personnels soient révoltés par la méthode, autant que par le fond de cette réforme...

Est-ce un cache-misère ?   

C’est une réforme qui est très mal conduite : même sur un sujet aussi complexe, il aurait été possible, en associant pour de bon tous les acteurs concernés, et en tenant compte de leur avis, de faire des propositions qui aillent dans le bon sens. Or, ici, tout est mis en place pour mécontenter les personnels d’une part, mais aussi pour viser, à coups de désinformation, à les discréditer dans l’opinion publique. “Ces enseignants qui ne veulent pas travailler plus”, entend-on. Par ailleurs, cela pourrait engendrer une division au sein de la communauté éducative, notamment avec les fédérations de parents (la FCPE a soutenu la réforme, mais elle a été si mal ficelée qu’elle n’a tout de même pas pu l’approuver au CSE !). C’est à se demander si cette division, ce discrédit, ne sont pas des objectifs inavoués de ce chantier...

Le ministre égrène des propositions visant résorber les inégalités : l’école maternelle avant 3 ans, la présence d’instituteurs surnuméraires dans les classes... Que vous inspirent ces annonces ?

Ce sont des revendications que nous portons depuis des lustres au niveau syndical, et elles vont dans le bon sens. Reste à se donner les moyens de leur réalisation : mettre davantage d’enseignants devant les élèves est une mesure essentielle pour lutter contre la difficulté scolaire et permettre la réussite de tous. Cela implique de programmer des recrutements en nombre, en ouvrant les postes aux concours, de proposer des prérecrutements dès la licence pour attirer les jeunes dans le métier, de revoir la formation des enseignants pour leur permettre de commencer dans de bonnes conditions. Les élèves ont besoin de personnels formés et qualifiés, y compris de personnels spécialisés comme les RASED, grands absents du projet de loi, ce qui inquiète beaucoup... Si le ministre entend pourvoir ces postes supplémentaires avec des emplois au rabais, c’est-à-dire en rognant sur la qualité de la formation, en sacrifiant le statut au profit de contrats non pérennes, CDD, ou autres contrats aidés, alors les annonces, aussi positives soient-elles, relèveront seulement de l’affichage...

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