Accueil > Politique | Par Laura Raim | 27 juin 2014

Les Verts et le Front de gauche se parlent en face

Des délégations d’EELV et du Front de gauche se sont réunies pour la première fois mercredi afin de discuter de transition énergétique, d’emploi et de démocratie. Mais personne ne semble se faire d’illusion sur la possibilité, à court terme, d’une véritable convergence.

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Ils s’étaient écrit, il était temps de se voir, et de se parler. Le Front de gauche a honoré mercredi l’invitation lancée début juin par les écologistes pour « travailler ensemble » à « des propositions concrètes » à destination du gouvernement afin de sortir de la « crise politique et morale ». Fait rare, la coalition de gauche radicale était au complet : les dirigeants du PCF, du Parti de gauche et d’Ensemble se sont tous rendus au siège des Verts pour parler de possibles « convergences » avec leurs hôtes.

Une attente des sympathisants de gauche

Pendant plus de deux heures, les participants ont ainsi échangé autour des trois chantiers proposés par Emmanuelle Cosse : la relance de l’emploi, la transition énergétique et les réformes institutionnelles démocratiques. Et ils ne le regrettent pas : « C’est une chose de se parler par l’intermédiaire de la presse, c’en est une autre de se parler en face », a reconnu Éric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche. « C’est la première fois que le Front de gauche dans sa totalité discute en bilatéral avec une autre organisation politique », a souligné Francis Parny, du PCF. « C’est encore embryonnaire et informel, mais c’est très intéressant et positif, on a pu vérifier qu’il y avait une vraie volonté de faire un travail commun », s’est félicité David Cormand, secrétaire national adjoint du parti écologiste.

Invitée de France Info jeudi matin, la secrétaire nationale des Verts a justifié sa proposition de rencontre par les résultats des européennes : « Quand le FN gagne une élection (…), il me semble essentiel que la gauche se réveille, travaille et se pose des questions ». L’initiative semble en tout cas correspondre à une attente des sympathisants de gauche. Selon un sondage du Parisien, ils seraient 52% à approuver une potentielle alliance d’« une quarantaine de députés socialistes ainsi que des députés Verts et communistes (qui) pourraient s’allier pour voter contre ou s’abstenir lors de l’examen des budgets rectificatifs et de financement de la sécurité sociale à l‘Assemblée nationale ».

Quel périmètre de discussion ?

Si cette réunion inédite a été l’occasion de réaffirmer une condamnation commune à gauche de la politique actuelle du gouvernement, elle a cependant confirmé la persistance d’importantes divergences stratégiques. La présence du Modem parmi les destinataires de l’invitation d’EELV avait laissé Jean-Luc Mélenchon plus que dubitatif quant à la pertinence du périmètre de la discussion. Le problème s’est réglé tout seul du fait que François Bayrou n’ait pas fait suite… Reste la question du rapport au PS. En refusant de participer au gouvernement de Manuel Valls et en votant contre son plan d’économie, les écologistes ont certes marqué un virage à gauche.

Il n’empêche que « les Verts ont réaffirmé qu’ils appartiennent à la majorité et qu’ils veulent inclure le PS dans l’élaboration de leur projet car ils espèrent encore faire changer le gouvernement de cap, explique Éric Coquerel. Or au Front de gauche nous cherchons à construire une majorité alternative. Nous sommes clairement en rupture avec le gouvernement, il n’est donc pas question d’envisager un projet commun avec le PS ». Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon est tout aussi ferme : « Il ne saurait être question de faire semblant de croire que le PS en tant que tel puisse faire autre chose que ce que veut le gouvernement. Ce n’est pas une marque de sectarisme que de refuser le podium commun et la photo de famille avec le PS ».

En réalité, le débat autour des alliances est loin d’être tranché au sein même des Verts. Si l’ex-patronne du parti Cécile Duflot s’est toujours opposée à tout accord avec le centre, une partie des Verts souhaite, notamment par réalisme électoral, étendre la stratégie de partenariat avec le PS au Modem. Le chef de file des écolos au Sénat Jean-Vincent Placé a récemment rejoint les rangs de figures comme le député François de Rugy, qui appellent depuis le début à un tel rapprochement.

« Les temporalités sont différentes »

Mais au delà du désaccord sur la relation à entretenir avec la social-démocratie, le Parti de gauche attend de voir si les paroles critiques des Verts se traduisent en actes : « Difficile d’imaginer un projet commun dans les transports si on se coupe du mouvement des cheminots et qu’on vote le paquet ferroviaire », fait remarquer Mélenchon sur son blog, tandis qu’Éric Coquerel attend, par exemple, de voir comment se positionneront les députés écolos au moment du vote du budget à l’automne.

Est-ce trop demander ? David Cormand estime que, par les temps qui courent, la gauche n’a pas intérêt à multiplier les préalables pour construire une coalition : « Dans "majorité alternative" il y a le mot "majorité", or il faut rester humble et se rappeler qu’aux européennes, la gauche a totalisé 35% des voix. » Pour l’écologiste, « la construction d’une alternative n’est pas incompatible avec la nécessité, face à l’urgence de la situation, de maintenir le contact avec le PS et de continuer d’essayer de changer à court terme le cap du gouvernement. »

« Les temporalités sont différentes, constate Ingrid Hayes, d’Ensemble. Il faudra du temps pour que les convergences soient plus nettes. La sortie d’EELV du gouvernement et le vote contre le plan Valls étaient d’excellentes nouvelles, mais ceci est le point départ. Les Verts en sont au début de leur réflexion. Il faut ni se faire d’illusions sur la rapidité du processus, ni les brusquer. En attendant, il faut poursuivre les discussions, on a des choses à dire en commun, des campagnes de mobilisation à mener ensemble, comme par exemple contre le grand marché transatlantique, et on peut organiser un calendrier de débats ». Francis Parny du PC fait une analyse similaire : « Le Front de gauche a une antériorité, un patrimoine commun fort en opposition claire avec le néolibéralisme. Pour EELV, cette radicalisation est très récente. Ils ne sont pas encore au stade d’élaborer un projet de rupture global, ils préfèrent se concentrer sur des questions spécifiques comme la transition énergétique ou l’emploi. Mais on a bon espoir qu’ils poursuivent leur évolution à gauche. »

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  • Comment peut-on se prévaloir de gauche quant-on vote la mort du service public ferroviaire au travers de la préparation de la mise en œuvre de la concurrence totale sur le réseau au l’horizon 2019 ?

    Ou les verts sont à gauche et y participent à la construction d’une alternative politique, où ils sont dans la majorité et ils couleront avec tous ceux qui ne rompront pas avec le parti Socialiste.

    Allez, une idée ! Que les socialistes "affligés" quittent le PS et fondent le "Nouveau Parti Socialiste"..... mais, vu le vote des députés socialistes "rebelles" que le ferroviaire..... il y aurait de grande chance que cela ne soit qu’une pâle copie de l’original. http://eric.et.le.pg.over-blog.fr/2014/06/ou-sont-les-deputes-socialistes-atteres.html

    DURAND Eric Le 28 juin 2014 à 09:48
       
    • OUI en effet "Comment peut-on se prévaloir de gauche quant-on vote la mort du service public ferroviaire au travers de la préparation de la mise en œuvre de la concurrence totale sur le réseau au l’horizon 2019 ?"
      comment se prévaloir de gauche si on s’abstient afin de donner la majorité aux mesures antisociales du gouvernement ? si on vote pour les mesures qui signent la mort du CNR ? etc....
      où donc est la cohérence si on y ajoute le modem ? comment peut on espérer faire changer le programme Hollande Valls alors que ce programme méprise la démocratie et la république,donc le peuple ?

      la Pavana Le 28 juin 2014 à 13:34
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  • Construire une alternative politique entre le FdG et EELV, voire également avec certains socialistes suppose une rupture avec la conception réformiste qui prévaut jusqu’ici. C’est au fond la même opposition depuis le début de la gauche en France, pour se limiter, au début du 20e siècle !

    La gauche révolutionnaire, pour la résumer sommairement à ce seul mot, a toujours fait le pas pour l’union. Bien souvent le pas de trop. Nous savons à quelles dérives cela nous a tous conduit.

    Les conceptions de fond n’ont guère évolué....et c’est à cela qu’il faut désormais échapper, ne plus retourner dans cet imbroglio politique. C’est vital au stade où nous en sommes.

    Le fascisme renaissant, la crise économique et donc sociale, sociétale, la collaboration du PS avec le capitalisme dont la prédation sociale aggravée nous montre la nature de l’enlisement dans lequel nous plongeons...tout ceci contribue à l’amalgame des politiques par une masse grandissante du peuple, lequel ne voit plus du tout d’issue.

    Ce qui veut dire que toute union dans une alternative démocratique suppose en préalable une rupture catégorique avec le capitalisme, sans esprit de retour en arrière.

    Convaincre des partis ou mouvement d’où ne sont pas bannis définitivement ces conceptions nous mèneront à l’échec.

    Notre seul "arme" c’est la bataille des idées auprès du peuple, avec l’outil qu’est le FdeGauche. Je ne vois pas d’autres alternatives.

    marco polo Le 1er juillet 2014 à 16:40
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  • D’accord avec Vasquo c’est un prérequis des abstentionnistes et de ceux qui en ont marre de mettre de "l’eau dans leur vin". Ainsi parle la |L|E|F| nouvel article sur la |L|E|F| qui attend l’ouverture des hostilités http://www.la-lef.fr/frissons-ailleurs/

    reneegate Le 3 juillet 2014 à 17:40
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  • et voilà tout est dit
    les députés EELV ont voté le budget
    tout le reste n’est plus qu’agitation

    tchoo Le 4 juillet 2014 à 19:06
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