Accueil > Culture | Bloc-note par Émilie Levaque | 13 décembre 2012

Louvre-Lens, la culture a la frite

Le nouveau musée a envahi les colonnes des journaux. Mais il a un sérieux concurrent : le bar-friterie qui lui fait face...

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Les frites de chez McDo intéressent moins la presse que celles de « Chez Cathy ». L’ouverture du fast-food américain dans la galerie commerciale souterraine du Louvre parisien, en décembre 2009, n’a eu aucun écho dans les médias français. En revanche, quand les journalistes parisiens partent en expédition à Lens, ils s’extasient autant sur l’architecture ultra-contemporaine du nouveau musée que sur le bar-friterie qui lui fait face, « resté dans son jus » précise Le Monde. Des briques rouges, du crachin, des ouvriers en gilets fluo... Quel exotisme. La séance d’épluchage de patates inspire particulièrement les reporters. « “On va refaire la carte”, sourit Cathy, qui épluche elle-même les pommes de terre — certaines viennent de son jardin — tous les matins », peut-on lire dans Le Parisien. Même fascination au Monde où l’« envoyé spécial » plante un décor à la Simenon : « Le patron de "Chez Cathy" épluche les patates pour les frites du soir, face aux lueurs du chantier. Rue Paul-Bert, les voitures slaloment entre les engins, éblouies par les phares des pelleteuses ». Les titres aussi versent dans le pittoresque : « Chez Cathy, la limonade et l’espoir coulent à flots » ou « Ici, c’étaient les corons ». Beaux-Arts Magazine s’est contenté d’une légende : « “Chez Cathy”, on cultive à la fois la nostalgie et l’optimisme ». Quant à la journaliste culture de l’AFP, le jour de la visite de presse, elle twittait une photo du resto qui « tourne à plein régime », entre La Liberté guidant le peuple et le musée « sous la pluie ». Variante : la façade du « Pot à tabac » postée sur le réseau social par sa collègue du Figaro. Des clichés couleur locale qui illustrent la com’ politique : implanté en terre populaire, le musée permettrait de démocratiser l’accès aux chefs d’oeuvre. Et qui dit peuple, dit frites. C’est pourquoi à l’occasion de l’inauguration, la Région distribuait aux habitants des barquettes gratuites. Alors que le Louvre-Lens est censé relooker le Nord, journalistes et élus l’enferment de concert dans une vision folklorique. Jusqu’à l’indigestion.

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