Accueil > Politique | Tribune par Roger Martelli | 25 mars 2013

Manuel Valls n’est pas un épiphénomène

Politiques sécuritaires, fermeté sur les flux migratoires, stigmatisation des Roms... Stratégie de la diversion ou projet de société ? Tribune de Roger Martelli.

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Il se dit parfois que le discours anti-Roms ou l’insistance sécuritaire sont des artifices pour masquer les « vrais » problèmes, ceux de la crise et du chômage. Je ne le crois pas. Comme le choix de l’austérité, la stigmatisation de populations et l’obsession de la sécurité participent d’un projet de société. Celui qui, en Angleterre ou en Allemagne, a fondé l’orientation sociale-libérale.

Qu’y a-t-il à la base de cette politique ? La conviction que l’on ne peut aller contre la logique financière de la mondialisation et que l’on ne peut donc contredire sur le fond la spirale inégalitaire. Dès lors, que reste-t-il à l’action publique ? À redistribuer à la marge pour éviter l’explosion sociale ; à mettre la population au travail (un petit boulot temporaire vaut mieux qu’une indemnité chômage) ; à préserver l’ordre. Un ordre « juste », mais un ordre…

Or pour légitimer la sécurité, il faut désigner le facteur d’insécurité : c’est l’ennemi, le « terroriste », le « djihadiste » pour ne pas dire ouvertement l’islam. L’ennemi est partout, à l’extérieur et à l’intérieur : on va faire la police au Mali et on envisage d’envoyer la troupe dans les quartiers Nord de Marseille. Pour justifier l’ordre, il faut identifier les facteurs de désordre. Et là, pas besoin d’inventer : le désordre vient de la pauvreté et de l’errance. Le pauvre, le migrant, le Rom, le « sans », le chômeur en colère, peut-être demain le syndicaliste combatif menacent l’équilibre présumé de nos sociétés.

Dès l’instant où l’on oublie, fût-ce un instant, que le principal désordre est celui de l’injustice, que le premier déséquilibre est celui de l’inégalité, il ne reste que le recours à l’Ordre. La discrimination, ce n’est pas ce qui masque dans l’ordre symbolique l’inégalité dans le domaine économique et social : c’est le premier apprentissage de l’inégalité, c’est la voie vers son intériorisation. Et d’abord par ceux qui en sont les victimes.

Ce n’est donc pas par souci tactique interne au Parti socialiste que Manuel Valls est à la place qui est la sienne. Il est par excellence le ministre de l’ordre social-libéral. Son projet conjugue l’inégalité et la peur, l’austérité et le sécuritaire. C’est ce projet global qu’il faut récuser. Pour lui en substituer un autre. Au plus vite…

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