Accueil > Monde | Par Jean-Baptiste Mouttet | 6 mars 2013

Nicolas Maduro sort de l’ombre d’Hugo Chávez

Hugo Chávez est mort. Nicolas Maduro, qui assure l’intérim du pouvoir, a de fortes chances d’être le futur président du Venezuela. Regards lui consacrait un portrait le 20 décembre 2012.

C’est désormais sur les épaules du Vice-président Nicolas Maduro que repose l’avenir de la révolution bolivarienne. Le successeur désigné du président socialiste peut déjà se targuer d’avoir asséné un grand coup à l’opposition.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« Aujourd’hui le peuple a récompensé la vérité, il a récompensé la persévérance, et plus encore, il a donné un cadeau d’amour au commandant Hugo Chávez », celui qui dédicace ainsi la victoire des élections régionales au président socialiste, atteint d’un cancer n’est autre que son successeur désigné, le Vice-président Nicolas Maduro. En l’absence du comandante, qui six jours avant le scrutin est parti à Cuba se faire opérer, c’est lui qui a mené la dernière ligne droite de la campagne. Il a réussi. Les socialistes enfoncent le clou après avoir gagné les élections présidentielles le 7 octobre dernier (Hugo Chávez avait alors recueilli 55, 25% des suffrages).

Le 16 décembre, ils ont porté 20 gouverneurs à la tête des 23 états du pays. L’opposition en avait 8 auparavant. Elle a perdu certains de ses bastions et zones stratégiques comme l’état de Zulia, une grande région pétrolifère [1]. La victoire n’était pas garantie pour le camp du président alors que le 8 décembre Hugo Chávez avouait pour la première fois qu’il ne pourrait pas demeurer à la tête de l’État et désignait du même coup son dauphin : « Si quelque chose se passe qui fait que je ne peux plus exercer mes fonctions, je vous demande de voter pour Nicolas Maduro ». Dès lors le Vice-président de 50 ans avait adjoint les Vénézuéliens à faire des élections régionales un cadeau au président malade toujours dans un état incertain.

Qualifié de « modéré », il devra convaincre le Parti socialiste unifié vénézuélien (PSUV) aux multiples tendances. Pour l’historienne Margarita Lopez Maya « les talents de négociateurs » de Nicolas Maduro participeront à faire taire les dissidences. Comme le sous-entend le turbulent Roland Denis, ancien vice ministre de la planification, le dauphin d’Hugo Chávez est un homme d’appareil. Il qualifie « son vieux camarade de lutte » de « converti à la haute bureaucratie ». Ce qui lui a permis d’avoir « beaucoup d’influence dans les syndicats et à l’Assemblée nationale ».

L’ancien chauffeur de bus a ainsi mené une carrière syndicale jusqu’à exercer la présidence du syndicat du métro de Caracas. Sa carrière politique croise rapidement celle d’Hugo Chávez. Sans participer au coup d’État raté en février 1992, qu’il aurait même condamné selon une source anonyme citée par le journal d’opposition El Universal, il a milité pour l’amnistie du militaire emprisonné. C’est en ces circonstances qu’il rencontre sa future épouse Cilia Flores, avocate, un des piliers du chavisme et aujourd’hui Procureure générale de la République. « L’ombre de Chávez » comme il est parfois surnommé, était un des secrétaires du comandante lors de sa première campagne présidentielle en 1998.

« Ce n’est pas un dirigeant légitimé par le peuple », assène Roland Denis. Nicolas Maduro s’est pourtant présenté devant les Vénézuéliens par deux fois : en 2000 lors des élections législatives, et en 2005 pour sa réélection comme député. Il est alors nommé à la tête de l’Assemblée nationale. Il devient ensuite ministre des Affaires étrangères d’août 2006 à octobre 2012.

Le moment choisi par Hugo Chávez pour démissionner peut faciliter la passation de pouvoir. Il devrait être investi officiellement le 10 janvier. S’il démissionne après cette date, ce sera à Nicolas Maduro, en tant que Vice-président, d’assurer l’intérim avant de nouvelles élections présidentielles dans le mois qui suit. Si c’est avant, c’est au président du Parlement, Diosdado Cabello, qui avait été évoqué comme un possible successeur, de prendre les rênes du pouvoir.

Nicolas Maduro se démarque des cadres socialistes. Il n’a pas fait de carrière militaire comme Diosdado Cabello ou comme 11 des gouverneurs nouvellement élus. Élevé dans une famille de gauche dans le quartier classe moyenne de Los Chaguaramos à Caracas, il s’est investi dans la politique dès le lycée où il militait au sein de la Ligue socialiste.

Reste à ce colosse à l’épaisse moustache brune, qui manquerait de « charisme » selon Margarita Lopez Maya, à se rendre populaire auprès de l’ensemble des Vénézuéliens si jamais des élections présidentielles anticipées ont lieux. Il a eu ses coups d’éclat en tant que ministre des Affaires étrangères. Il s’est activement opposé au coup d’État au Honduras contre Manuel Zelaya en juin 2009, puis, dernièrement, a critiqué l’intervention militaire de l’OTAN en Libye tout en se faisant le porte-voix de la proposition de conciliation porté par Hugo Chávez. Il a aussi consolidé l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba). A l’extérieur, et auprès des alliés du Venezuela, Nicolas Maduro n’a rien à prouver.

Notes

[1L’ensemble des résultats rendus publics par le Conseil National Electoral sont à lire ici

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?