cc Photo Philippe Leroyer
Accueil > Société | Par Myriam Martin | 26 février 2014

Notre-Dame-des-Landes, la folle journée de Nantes

Témoignage : Myriam Martin, porte-parole d’Ensemble ! et colistière de Jean-Christophe Sellin sur la liste "À Toulouse place au peuple", était à Nantes au sein de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Contrepoint sur un événement très (mal) médiatisé.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

13h au point de ralliement pour les organisations du Front de Gauche opposées à l’aéroport de Notre Dame Des Landes. Il y a déjà foule, les militant-es du PG comme d’ « Ensemble ! » sont déjà au rendez vous et déploient les banderoles. Les représentant-es politiques et nationaux des ces organisations arrivent peu à peu.

À l’appel de l’ACIPA (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes), principal organisateur des opposants au deuxième aéroport, des milliers de manifestant-e-s, sans doute plus de 20.000, se pressent sur la place de la préfecture. La guerre des chiffres n’a pas lieu d’être : la manifestation est massive et passé un seuil, on ne s’honore pas à vouloir à tout prix minimiser le succès de celle-ci. Nul ne peut nier, à la préfecture, qu’il y a plus de monde que pour celle du 17 novembre 2012 lors de la réoccupation de la ZAD (Zone à défendre), puisque avaient été dénombrés alors entre 15.000 et 40.000 participant-es avec quarante bus des régions. Là, en tête de cortège, 520 tracteurs paradent, 60 bus sont arrivés de toute la France, on dénombre donc entre 20.000 et 50.000 personnes. Le cortège dense s’étire en longueur, on piétine longuement avant de pouvoir effectuer quelques pas, l’ambiance est chaleureuse et festive.

La responsabilité des autorités

Ce n’est pourtant pas cela que la majorité des médias a retenu pour rendre compte de cette démonstration. Loin l’idée de minimiser, encore moins de nier, les incidents qui ont éclaté, mais il est nécessaire de constater que le compte rendu médiatique et "officiel" de cette journée a été partial et que le rôle du dispositif policier mis en place doit être interrogé.

« Guérilla urbaine », « razzia dans le centre ville » : ainsi le centre ville de Nantes semblent avoir été dévasté, anéanti par des hordes de « casseurs ». L’information revient en boucle dans toute la presse. Bien sûr, des bâtiments ont été sérieusement endommagés, en particulier ceux appartenant à la multinationale Vinci. Avant même de rapporter de la manière la plus exhaustive possible l’ensemble des éléments concernant les causes et les conséquences des incidents et affrontements, avant même de vérifier le nombre de blessés – et donc pas uniquement parmi les forces de l’ordre –, on annonce déjà que cette journée de manifestation contre l’aéroport de NDDL va coûter très cher à cause des dégâts occasionnés. Les coupables ? Les organisateurs, bien sûr ! Les partisans de ce grand projet inutile qu’est l’« Ayraultport » poussent de hauts cris : non seulement les opposants n’auraient pas été capables d’empêcher les incidents qui se sont déroulés, mais en plus, ils sont sommés par le préfet de la Loire Atlantique de cesser d’être « la vitrine légale d’un mouvement armé ». Rien que cela !

Les autorités, par la voix du préfet, du ministre de l’Intérieur et du Premier ministre, croient-elles sérieusement enrayer ainsi la résistance et la détermination exemplaires de ceux qui se battent depuis des années et occupent la ZAD ? Le procédé est grossier, ce d’autant que la question de la sécurité de la manifestation peut aisément se retourner contre ceux qui sont censés l’assurer.

Une vision univoque, un succès occulté

L’interdiction de circuler sur des artères d’habitude empruntées par les manifestations à Nantes, un dispositif policier qui en conséquence interdisait de nombreuses rues, n’étaient pas à même d’éviter les problèmes, mais plutôt de les provoquer. Les opposants à l’aéroport ont appris la veille l’interdiction du parcours initial, la presse a relayé cette information avec un ton systématiquement alarmant pour les organisateurs : si la manif devait changer de parcours, c’est que forcément des incidents auraient lieu. Les décisions de la préfecture ont été vécues comme des provocations, et c’était sans doute le but. Les annonces faites sur les blessés n’ont concerné durant deux jours que ceux dénombrés chez les policiers. Aujourd’hui, force est de constater qu’il y en a eu aussi parmi les manifestants, dont un jeune homme dont l’œil a été crevé par un tir de flashball. On a beaucoup parlé des "Black Blocs", peut-être une dizaine tout au plus et dont la venue et la présence étaient connues des forces de police.

Les incidents qui ont ponctué la manif ne peuvent faire oublier que cette dernière est un succès, qu’à Nantes comme ailleurs de plus en plus d’hommes et de femmes sont opposés à ce projet aberrant et destructeur. La violence est celle de l’État, qui s’exerce à l’encontre des paysans désireux de protéger les terres agricoles. La balle est toujours dans le camp du gouvernement et aussi dans celui d’Europe Ecologie Les Verts. Bien sûr, nombreux et nombreuses étaient les militant-es écologistes, à Nantes samedi dernier. Mais leurs dirigeants, en particulier ceux qui sont ministres du gouvernement Ayrault, peuvent être de « tout cœur » avec les manifestant-es, il n’en demeure pas moins qu’il va falloir choisir : soutenir les opposants de plus en plus nombreux à l’aéroport de NDDL, ou de fait soutenir un gouvernement favorable à un grand projet inutile et destructeur.

Pour ses participants, la lutte est loin d’être finie : elle est même d’ores et déjà aussi emblématique qu’en son temps celle du Larzac.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Déclaration de Myriam Martin, Jean-François Pellissier, porte-paroles de Ensemble.
    L’aéroport de J.M. Ayrault embourbé dans la mobilisation citoyenne.
    Comme en écho au sondage indiquant qu’une majorité de français est hostile au projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, avec plusieurs dizaines de milliers de manifestantEs, samedi 22 février, nous avons défilé pacifiquement et participé à cette mobilisation, qui grandit et se renforce dans l’unité et la diversité, pour la protection des terres agricoles et naturelles et contre ce projet inutile, et imposé
    Les expertise citoyennes ont prouvé l’inanité du transfert de l’aéroport de Nantes à Notre dame des Landes.
    Le pouvoir, M. Valls et J.M. Ayrault, véritables pompiers-pyromanes, ont, par des contraintes imposées in extremis aux organisateurs de la manifestation, favorisé les débordements. Mais provoquer et réprimer ne cassera pas la mobilisation.
    La violence, ce gouvernement l’a utilisée pour tenter d’exproprier les paysans, détruire les habitats de la zone de résistance et d’occupation "à défendre", et contre tous ceux et celles qui sont attachéEs à préserver les zones protégées, la biodiversité
    La mobilisation citoyenne a, avec force, exigé l’arrêt de ce grand projet inutile dont le principal bénéficiaire serait Vinci.
    Défendons les terres agricoles.
    Vinci dégage.
    L’aéroport de J.M. Ayrault ne se fera pas.
    La mobilisation continue jusqu’à la victoire.
    Le 24 février 2014.

    jefpell Le 26 février 2014 à 14:28
  •  
  • 20 000 c’est les chiffres de la préfecture. c’était 50 000 selon le décompte militant. au minimum mettre les deux sources..

    plus d’une centaine de blessés chez les manifestants dont au moins un enfant atteint par une grenade de dispersion. un manifestant a perdu l’usage de son oeil.
    des "batiments" c’est un peu fort comme terme pour des vitrines et des abris de bus.

    des policiers ont interdit l’accès à l’hôpital à des manifestants blessés par les matraques et tires de flashball. en guise de black block, il serait bon de parler du BAC block et des violences policières, de l’utilisation d’armes dangereuses y compris sur des enfants. le traitement médiatique sur le sujet étant une catastrophe se serait bien de faire des articles un peu plus renseigné.

    A Nantes la ville était interdite, barré par des grilles de plusieurs mètres de haut. dispositif digne d’un G8. du jamais vu à Nantes. une provocation très forte. les policiers ont très rapidement gazé les manifestants qui derrière les grilles anti-émeutes ont demandé - souvent avec beaucoup d’humour - l’ouverture de la rue pour effectué le parcours initialement prévu. après un parcours ridiculement petit pour le nombre de manifestant. le COPAIN qui avait mis des tracteurs devant les grilles anti-émeutes, a du vite les déplacer , au milieu des lacrimos, au risque de se faire encore une fois poursuivre en justice, confisqué leur outil de travail, au motif fallacieux qu’il aurait servit d’arme contre la police.

    un black block désigne initialement un groupe qui se forme pour défendre une manifestation d’une attaque policière où ouvrir une voie.. aujourd’hui avec un taux de chômage au dessus de la barre des 40% chez les jeunes non diplômés, sur l’ensemble de la jeunesse 60% se déclare près à en découdre, les black blocks se sont formés et se formeront inévitable de manière spontanée à chaque fois que l’état répondra à des mobilisations par l’envoi de "force de l’ordre", les gaz lacrimos, grenade de dispersion et autre flashball, c’est déjà le cas dans bien des situations. comme ça a déjà été le cas dans bien des manifestations. il faut arrêter de réifier ce terme de "black block" qui cache la réalité de la colère que provoque la très inégale répartition des richesses et des pouvoirs, les privations d’emploi et d’avenir, dans notre société et son impact dans les mobilisations à qui l’on ne répond plus que par l’envoie de police et de l’armée.

    Anne Le 26 février 2014 à 19:43
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?