Accueil > Société | Par Aline Pénitot | 7 novembre 2014

Payer plus pour genrer plus

Si George Sand s’était pointée au Monoprix, aurait-elle acheté un Bic bleu ? Ou un Bic rose plus cher ? Le collectif Georgette Sand dénonce la "taxe rose" qui prend les femmes pour des pigeonnes en leur faisant payer plus cher des produits packagés pour elles.

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Il suffit de déposer un enfant à l’école pour observer une tendance franche. Les cartables et manteaux bleus pour les garçons et roses pour les filles semblent devenir la norme. Bien difficile pour les parents d’échapper à cette pression. Chez Go Sport, tenter de trouver une corde à sauter dans un emballage neutre relève du défi. Les sacs à dos conçus spécialement pour les femmes existent et c’est tant mieux. Mais ils sont bien souvent violets, roses ou pastels. Même constat dans les supermarchés : les produits courants sont de plus en plus genrés. Et dès qu’ils s’adressent aux femmes, ils sont plus chers.

Le marketing des stéréotypes

Le collectif féministe Georgette Sand, né cet été, s’adresse « à celle et ceux qui pensent qu’il n’est pas nécessaire de s’appeler George pour être prise au sérieux ». Les réflexes Do-it-yourself sont déjà bien ancrés dans ce petit groupe d’hommes et de femmes féministes issus de Génération précaires ou de Jeudi noir. Pas besoin d’être nombreux pour frapper haut et fort contre le sexisme. La tactique : subvertir le flux médiatique.

Un tumblr plus tard, Georgette Sand met en lumière que ce marketing spécifique fait payer grassement les femmes. Notre discrimination favorite : chez Auchan, le gant Mappa est plus cher en taille S. En segmentant ainsi le marché entre les hommes et les femmes, une taxation spécifique est infligée aux femmes : la taxe rose. Au passage, ce marketing renforce les stéréotypes et pousse à la consommation.

Le collectif Georgette Sand ausculte scrupuleusement les rayons de Monoprix. Dans ces petits supermarchés très fort en packaging, les femmes payent 1,80 euro pour cinq rasoirs jetables roses quand les hommes, eux, payeront 1,72 euro pour dix rasoirs bleus. Les produits n’étant pas dans les mêmes rayons, personne ne s’en aperçoit. La pétition de Georgette de Sand dénonçant la politique de cette enseigne a reçu plus de 40.000 signatures en quelques jours.

Le coût de la taxe

Pascale Boistard, secrétaire d’État aux Droits des femmes, reçoit le collectif le 21 octobre. Une semaine plus tard, elle envoie un tweet mémorable :

Très vite, la lutte de Georgette Sand prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux et dans les médias. La taxe rose est usuellement appelée Woman tax, en référence au magazine Forbes. Il avait révélé, en 2012, que cette politique de prix coûtait en moyenne 1.400 dollars par an à chaque femme. En France, rappelons-le, les femmes gagnent 28% de moins que les hommes (source : Insee). Un petit collectif, même aussi intelligent que Georgette Sand, ne pourrait arriver à lui seul à réaliser une enquête sur un an.

Lundi 3 novembre, Bercy annonce qu’il va évaluer la réalité des écarts de prix entre les hommes et les femmes. Est-ce que Bercy ira jusque révéler le coût annuel de la taxe rose par femme ? Est-ce que le gouvernement prendra des mesures coercitives pour forcer les grandes enseignes de la distribution à un peu plus d’égalité dans les prix ? Ce serait une première de la part de notre gouvernement que de s’impliquer aussi frontalement dans la régulation des marchés. Attention : Georgette Sand est aux aguets !

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Vos réactions

  • Egalité des prix ? oui, mais... en général, plus on achète en nombre, plus c’est économique à l’unité. Si je prends un lot de 24 yaourts mon yaourt sera moins cher que celui d’un lot à 4 yaourts. Donc idem pour les rasoirs. Où est le problème ? Qu’est-ce qui empêche une femme poilue d’aller se ravitailler au rayon "homme" ?
    A mon avis si des mesures coercitives sont prises dans ce domaine les femmes ne vont rien gagner mais les hommes vont y perdre car je doute fort que les commerçants alignent les prix à la baisse. C’est comme pour les assurances voiture, les femmes ont vu leurs cotisations renchérir pour être alignées sur celles des hommes et non l’inverse.

    Marif Le 8 novembre 2014 à 18:46
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  • Est-ce que vous êtes au courant que personne ne vous interdit de prendre le packaging bleu ?
    Et, pour l’anecdote, d’après les plus hargneuses d’entre vous, dire que le packaging bleu est pour les hommes et le rose pour les filles, c’est déjà du sexisme :)

    Jean Clume Le 19 novembre 2014 à 11:47
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