Accueil > Monde | Par Jean-Baptiste Mouttet | 14 mars 2013

Pétrole vénézuelien, une manne sous-utilisée

Le pays de la révolution bolivarienne tire sa richesse du pétrole. La politique économique fondée sur cette rente a permis de réduire la pauvreté et de financer des programmes sociaux. Elle est pourtant critiquée : force est de constater que le pays ne parvient pas à développer d’autres secteurs.

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Au lendemain de sa mort, tout et son contraire à été dit sur le Venezuela de Hugo Chavez. Critique la plus fréquente, il s’agissait d’une« dictature » selon la présidente de Medef. Alors que, même si il est exact que le Venezuela n’est pas un exemple de pleine démocratie (Hugo Chavez légiférait par décret-lois dans de multiples domaines), aucun observateur international n’a rien eu à redire sur les élections (toutes gagnées par les socialistes sauf une) depuis quatorze ans et notamment celle du 7 octobre dernier, qui a vu Chavez recueillir 55,25% des suffrages. Autre préjugé qui a la peau dure : l’ancien président socialiste aurait nationalisé le pétrole. Toujours pas. Cela a été fait en 1976 par Carlos Andrés Perez. Reste que c’est bien la rente pétrolière qui nourrit tous les fantasmes sur le Venezuela.

Premier exportateur de pétrole d’Amérique latine, possédant selon l’OPEP les premières réserves au monde d’or noir, le Venezuela est riche. Sans pétrole pas de révolution bolivarienne. Les missions et programmes sociaux touchant à l’éducation, l’agriculture ou le logement sont seulement financés par le pétrole. Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), qui dépend de l’ONU, la pauvreté a diminué de 20,8% entre 2002 et 2010 au Venezuela, même si 27,8% de la population demeure pauvre.

La manne pétrolière a des contreparties : la dépendance aux importations (presque 48 milliards de dollars, en 2011, selon l’OMC), l’inflation (quasiment 20% en 2012 selon la Banque centrale vénézuélienne et bien sûr la dépendance à une énergie non-renouvelable même si Hugo Chavez disait en janvier 2011 que le «  Venezuela a du pétrole pour plus de 200 ans. ». Pour l’économiste Luis Alberto Matos, proche des socialistes, le pétrole n’est pas pour autant une «  malédiction » : « Il n’y a pas d’énergie plus fiable, sûre et économique, notamment pour les grandes nécessités énergétiques. La solution n’est pas d’arrêter de vivre du pétrole mais de profiter de ces décennies pour développer l’éducation et les technologies du Venezuela. »

Le discours de Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro sur la question est contradictoire. L’ancien président socialiste souhaitait doubler la production pour atteindre les 6 millions de barils en 2019. Un objectif inaccessible sans d’importants engagements : l’ancien président déclarait en août dernier que le Venezuela investirait 104 millions d’euros entre 2013 et 2019 pour l’exploitation de la « bande » de l’Orénoque où se situe une grande partie de ces réserves.

Mais en parallèle, il a toujours répété vouloir « semer le pétrole », reprenant les mots de l’intellectuel conservateur Arturo Uslar Pietri qui en 1936 proposait que l’argent du pétrole soit investi dans d’autres secteurs de l’économie. Le gouvernement multiplie les annonces à ce sujet : tant de bolivars investis dans ce secteur, tant dans cette entreprise... Concernant l’agriculture, le gouvernement avait lancé, puis relancé une réforme agraire. Par la loi de la terre, il a « récupéré » de grandes exploitations et les a transformées en coopératives. Selon l’économiste Arnoldo Pirela, il y a cependant peu à attendre de l’agriculture si ce n’est le café et le cacao : « Seules 2% des terres sont fertiles. Si vous semez une graine sur des terres tropicales comme les nôtres elle pousse immédiatement mais meurt deux jours plus tard. Il est possible de produire plus en développant nos technologies mais cela demeure peu rentable », explique t-il. De l’aveu même du gouvernement, la politique agricole n’a pas porté les fruits escomptés, c’est à dire produire plus.

La solution selon Arnoldo Pirela est d’investir dans l’industrie et les services... pétroliers pour pouvoir « vivre du pétrole sans pétrole ». « Nous pouvons développer des secteurs comme la chimie et ainsi produire du plastique et d’autres dérivés du pétrole, renforcer des secteurs comme l’aluminium ou des services comme l’ingénierie dont a besoin l’industrie pétrolière », détaille t-il. Selon lui le gouvernement a pêché par facilité car produire du pétrole brut rapporte beaucoup avec des investissements minimes : « Par exemple sur un baril à 112 dollars, l’investissement de départ est seulement de 12 dollars. »

Une réalité qui nourrit l’ambiguïté des dirigeants vénézuéliens dans leur usage d’une manne qui reste sous-utilisée comme levier de développement économique d’autres secteurs d’activité. Ce qui ne saurait être imputé au seul Chavez : le candidat de l’opposition Henrique Capriles soutient lui aussi qu’il faut... augmenter la production et diversifier l’économie.

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