Accueil > Economie | Par Bernard Marx | 22 avril 2014

Politique Hollande-Valls, idée reçue n°1 : les Français recordmen du monde du pessimisme

Une floraison de livres de personnalités réputées socialistes a précédé de peu la mise en place de la politique Hollande-Valls, s’assurant une forte présence médiatique. Commençons le démontage de quelques-unes des idées reçues qui constituent la substance de cette pensée unique.

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Un vrai feu d’artifice : quatre livres de personnalités ou d’économistes socialistes ont précédé, ou accompagné, la constitution du gouvernement de Manuel Valls et la présentation de sa politique visant à aller plus loin, plus vite et plus fort sur le chemin du "pacte de responsabilité". La France au défi d’Hubert Védrine est paru fin février (Fayard ). Éloge de l’anormalité de Matthieu Pigasse (Fayard), Quand la France s’éveillera de Pascal Lamy (Odile Jacob) en mars, et Changer de modèle des économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen en avril (Odile Jacob).

Les hommes politiques et le banquier ont fait court et léger, à la manière de devoirs sur table pressés par le temps. Les économistes ont fait à leur manière, plus longue, plus dense et plus technique. Il faut dire qu’ils ont, en fait, largement recyclé leur rapport de septembre 2011 "Crise et croissance une stratégie pour la France" réalisé, avec Mathilde Lemoine, pour le Conseil d’analyse économique. Bien sûr, chacun veut faire entendre sa petite musique personnelle : Hubert Védrine en appelle à un gouvernement PS-UMP. Pascal Lamy veut une France-Allemagne. Matthieu Pigasse réclame « de l’audace, du courage et de la créativité » et fait mine de critiquer « le dogme libéral sur lequel l’Europe s’est bâtie ». Quant à nos trois économistes, ils prétendent « changer de modèle économique ». Mais les différences comptent peu. Les uns et les autres participent de la même promotion du "social libéralisme" qui sous-tend la politique du gouvernement Hollande-Valls. Et ils s’appuient sur des idées reçues bien dans l’air du temps.

Entamons ici le décodage, comme on dit maintenant, de quelques-unes d’entre-elles.

Les Français pessimistes par inadaptation ?

Synthèse : Les Français sont parmi les peuples du monde les plus pessimistes. Plus pessimistes que des peuples frappés par d’immenses tragédies comme les Afghans et les Irakiens. Ce pessimisme est un handicap majeur. La raison en est que les Français refusent la mondialisation qu’ils accusent d’être responsable de leurs problèmes. Ils feraient mieux de s’y adapter en acceptant de faire les réformes nécessaires (Vedrine, p. 64 ; Lamy, p. 109 ; Pigasse, p. 115).

L’affirmation repose sur les résultats d’un sondage annuel réalisé par le réseau Gallup international dans 56 pays. Le sondage est réalisé selon la méthode des quotas avec un échantillon de mille personnes environ dans chaque pays (pour la Chine comme pour la France). À la question « Par rapport à cette année, à votre avis, l’année prochaine sera une année de prospérité économique, de difficultés économiques ou rester la même ? », fin 2011 il n’y avait que 2% des personnes interrogées en France pour répondre que répondre que 2012 allait être une année de prospérité économique, 81% pour dire qu’elle allait être une année de difficultés économiques et 17% pour répondre que la situation économique allait rester pareille. Effectivement, cette année-là, la France était le pays avec le plus faible score pour la "prospérité" et le plus élevé pour "les difficultés économiques".

De l’intelligence des peuples

Mais est-ce que cela suffit pour en conclure que les Français sont d’un pessimisme crasse et ce, parce qu’ils refusent de s’adapter au monde ? Certainement pas, au moins pour trois raisons.

D’abord parce que le sondage a de grandes limites. À commencer par la question posée. Vu le sens des mots "prospérité" et "difficulté économique", les résultats ne sont pas aberrants. Ensuite par la méthode : il n’est pas effectué partout de la même façon. Dans plusieurs pays – dont l’Irak citée en exemple par les contempteurs du pessimisme français –, les sondeurs ne sont pas sortis des villes. Sans parler de la taille de l’échantillon.

Ensuite parce que fin 2013, les Français sondés étaient 6% à prévoir la prospérité économique en 2014, 56% des difficultés et 31% une absence de changement. Avec ces résultats, ils sont maintenant moins "pessimistes" que les Grecs, ou les Portugais, proches des Espagnols ou des Italiens.

Enfin, si ce sondage annuel "dit" quelque chose, ce n’est pas que les Français sont particulièrement "pessimistes". Le tableau agrégé par grandes régions (voir ci-dessus) montre que depuis plusieurs années, les Européens de l’ouest en général ont des résultats assez proches et qui tranchent avec ceux des autres grandes régions du globe. D’une année à l’autre, Ils sont beaucoup moins nombreux à penser que la "prospérité" est au coin de la rue et beaucoup plus à prévoir que les difficultés économiques vont perdurer.

Pessimisme ou simple réalisme ? Refus de s’adapter à la mondialisation ou simple constat que le cap suivi par l’Europe n’est pas le bon ? Sont-ce les peuples qui n’y comprennent rien et qui « devront travailler dur pour regagner la confiance des autorités », comme le disait Bertolt Brecht après les révoltes de 1953 en RDA, ou sont-ce les "élites" qui continuent de faillir ?

Dossier "social-libéralisme" dans le numéro de printemps de Regards

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