Accueil > Politique | Par Laura Raim | 1er avril 2014

Pour en finir avec la "pédagogie"

Si le PS s’est pris une claque historique aux municipales, c’est parce que le gouvernement n’a "pas assez expliqué" son action. Cela fait pourtant trente ans que les dirigeants et les médias font de la pédagogie de la soumission à l’ordre économique.

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Pourquoi donc les socialistes se sont-ils pris une telle raclée aux municipales ? Se pourrait-il que la politique austéritaire et récessionniste que mène le gouvernement y soit pour quelque chose ? Non, ça n’a rien à voir, assurent les dirigeants du parti. Si de nombreux électeurs ont omis de glisser le bulletin PS dans l’urne, c’est parce qu’ils n’ont pas bien compris. Et s’ils n’ont pas bien compris, c’est parce que le gouvernement « n’a pas assez expliqué que l’action de redressement engagée depuis 2012 était essentielle pour notre pays », nous informe l’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Il faut plus de pédagogie et moins de couacs », confirme le premier secrétaire du PS, Harlem Désir.

Des Français obtus

Même son de cloche dans les medias. Il ne faudrait surtout pas interpréter les résultats des élections comme une désapprobation rationnelle d’une politique nocive, cela risquerait de conduire à remettre en cause ladite politique. Ivan Rioufol du Figaro met en garde contre une telle tentation : « L’erreur immédiate, pour François Hollande, serait de renoncer dans la panique à son pacte de responsabilité et à ses 50 milliards d’euros d’économies promis ». En effet, ce serait « renier sa parole internationale », renchérit Laurent Joffrin du Nouvel observateur, tandis que Le Monde déplore « l’absence d’une pédagogie capable de convaincre les Français de la pertinence du cap économique trop tardivement fixé ». L’austérité du TSCG, la baisse des salaires de l’ANI et les cadeaux aux entreprises du Pacte de responsabilité, sont autant d’excellentes nouvelles pour les Français, trop obtus pour s’en apercevoir. Oui, le chômage augmente, mais c’est peu de choses comparé à la perspective enchantée de l’équilibre budgétaire et de la compétitivité restaurée. Simple question de com !

L’idée que le problème se trouverait forcément dans la forme, pas dans le fond, est symptomatique de la vision gestionnaire et technocratique qu’a le PS de l’économie. Les experts ont identifié la solution. La solution, c’est la rigueur et la baisse du "coût du travail". Nul besoin d’en débattre, il ne reste qu’à l’appliquer et à l’expliquer au peuple. « L’usage du terme de pédagogie est révélateur de la dimension anti-démocratique de nos élites », fustige ainsi sur Twitter l’économiste Jacques Sapir, qui souligne également que le terme renvoie à un « cadre maître-élèves, pas un rapport entre citoyens égaux ». La pédagogie «  c’est pour les enfants, les adultes sont des citoyens doués de libre arbitre », abonde Renaud Chenu, auteur de L’Antimanuel de guérilla politique.

Les électeurs n’ont pas compris

L’argument de l’insuffisante pédagogique n’est pas nouveau, bien sûr. Il est ressorti par les responsables de gauche comme de droite, en France et en Europe, à chaque fois qu’une "réforme" est contestée ou que le peuple vote mal. Face à la colère des élus locaux devant la suppression de la taxe professionnelle en 2009, Jean-François Copé avait demandé au gouvernement de Sarkozy « plus de pédagogie ». Lorsque les Français avaient osé dire "non" au TCE en 2005, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker déplora que les électeurs n’avaient « pas compris que le texte du traité constitutionnel, la nature du traité constitutionnel visaient à répondre à leurs préoccupations. »

On ne peut pourtant pas dire que les dirigeants politiques et médiatiques aient négligé le volet pédagogique de leur mandat. Déjà en 1984, alors que le pouvoir socialiste venait de piloter le tournant de la rigueur, la mythique émission Vive la crise présentée par Yves Montand expliquait aux téléspectateurs qu’il allait falloir se serrer la ceinture, accepter l’austérité, renoncer aux « privilèges » de la protection sociale et en finir avec les « archaïsmes » de l’État providence. Cela fait donc trente ans qu’on explique aux Français que la rigueur sociale et salariale est faite pour leur bien. Curieusement, ils n’ont toujours pas compris.

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Vos réactions

  • Pédagogie ?

    En français correct, on devrait dire "propagande"

    Le 1er avril 2014 à 18:04
       
    • Ou bourrage de crâne jusqu’à la nausée

      estance Le 4 avril 2014 à 23:53
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  • "Pourquoi dit-on que la démagogie c’est mal, et que la pédagogie c’est bien ? Démagogie et pédagogie m’ennuient également"
     Pierre Boutang

    Arsène Le 1er avril 2014 à 18:08
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  • « l’absence d’une pédagogie capable de convaincre les Français de la pertinence du chômage, de la baisse de leur revenu, de la cherté de leur logement, de la retraite uniquement après leur mort. » Sont très cons ces Français !

    Les Espagnols le sont autant qui manifestent en réclamant « du pain et un logement pour tous » !

    Faut se débarrasser du peuple...

    http://partageux.blogspot.com

    Un partageux Le 1er avril 2014 à 21:27
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  • Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on les appelait comment ceux qui avaient accueilli les Allemands à bras ouverts en 1940 ? Les collabos d’aujourd’hui, coupables de Haute Trahison et de forfaiture auront un sort encore moins enviables que leur sinistres prédécesseurs, car ils agissent au vu et au su de tous. La France, caniche des EU et de l’OTAN recouvrira enfin sa souveraineté nationale !

    La France libre Le 2 avril 2014 à 09:58
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  • étymologie de pédagogie = éducation des enfants

    laurent Le 2 avril 2014 à 10:02
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  • Moi je fais partie de ces millions de Français qui n’ont toujours pas compris que le mariage gay était un progrès sociétal (mais je comprendrais peut-être un jour, je ne désespère pas de moi-même), rien absolument rien compris à la théorie des genres malgré les efforts pédagogiques de Vallaut-Belkacem, rien compris non plus à la "crise" (qui n’existait pas selon Hollande, puis qui tout d’un coup selon lui, était "derrière nous"), et rien non plus compris à l’enjeu de la guerre en Syrie (où il y avait lieu d’intervenir en urgence mais dont plus personne ne parle, Hollande moins que les autres).
    Par contre j’ai compris (sans aide pédagogique) que nos gouvernants sont très attachés à leur pouvoir, à leurs privilèges, à leur argent, à leur idéologie et qu’ils se moquent du peuple surtout quand celui-ci vote à "contre-sens". Bref j’ai compris (toute seule, sans qu’on m’explique) qu’il n’y avait pas grand chose à attendre de cette oligarchie.

    Héllébore Le 3 avril 2014 à 15:36
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