Accueil > Société | Par Diana Alfonso | 7 mars 2014

Pour les femmes espagnoles, une journée particulière

Lors de la Journée des femmes, le dossier de l’IVG accapare l’attention en Espagne, où l’on voit arriver la loi la plus restrictive depuis trente ans... Dans un contexte de plus en plus rétrograde qu’alimente sans vergogne le gouvernement.

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Entre les images de cintres qui rappellent les douloureuses pratiques d’autrefois et celle de corps anonymes dont les mains entourent les ovaires, les slogans. À coup sûr, les mots les plus répétés ce 8 mars dans les rues espagnoles seront les suivants : « Aborto libre, seguro, gratuito ». Car l’accès à l’IVG, dépénalisé en Espagne depuis 1985, redevient difficile sous le gouvernement Rajoy.

« Quasi impossible de mettre fin à une grossesse »

Le nouveau texte préparé par le ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardón, a été appelé "Loi pour la protection de la vie de l’être conçu et des droits des femmes enceintes" : une déclaration d’intentions. Il exclut l’interruption pour cause de malformation du fœtus et présente comme seules portes d’entrée les cas de viol, et ceux où la santé de la mère encourt un grave risque à long terme. Cette dernière condition devra être vérifiée par deux médecins, dont un psychiatre, tous les deux extérieurs au centre où l’IVG sera pratiqué. Une batterie de démarches qui, selon ACAI (Associations des cliniques autorisées pour l’interruption de la grossesse) rendra « quasi impossible pour une femme de mettre fin à une grossesse ».

Cette loi remplacera celle votée en 2010 sous Zapatero qui autorisait l’interruption de la grossesse de façon libre jusqu’à la douzième semaine, et avec des délais plus amples s’il s’agissait d’un cas de malformations, risque pour la mère ou maladie grave. Elle ouvrait l’accès à l’IVG pour les jeunes filles de seize à dix-huit sans autorisation parentale. Le texte de 1985, quant à lui, ne reconnaissait pas le libre accès à l’avortement : il nécessitait comme condition l’anomalie du fœtus, et le risque physique ou psychologique pour la mère, vérifiable par un médecin qui pouvait appartenir au même centre de soins. Dans la pratique, jusqu`en 2010, l’IVG était possible dans certains centres publics, et lorsque ce n’était pas le cas, les femmes pouvaient faire appel à des centres privés, où les médecins signaient le certificat nécessaire à la pratique.

Réforme paternaliste

La nouvelle loi "Gallardón" est donc bien plus restrictive. Si le ministre de la Justice se défend en arguant que son texte est le seul à ne pas punir les femmes car elles sont exclues de toutes poursuites, les organisations professionnelles de médecins dénoncent la violente responsabilité qui pèsera sur eux, car la pratique d’une IVG en dehors du cadre sera passible de peines de prison. Du côté des associations féministes, on déplore « le caractère paternaliste de cette réforme, qui considère les femmes comme victimes et comme des enfants qui ne pourraient pas décider par elles-mêmes ».

Des dissensions se sont fait sentir même au sein du gouvernement. Pour certains, la loi transcrit les souhaits de l’aile la plus conservatrice du parti. C’est en réaction à ces voix discordantes, que le Parti socialiste a fait appel aux femmes et a proposé, en présentant son amendement au texte, une votation sécrète pour faire s’exprimer les dissidents. Leur naïveté sera patente le 11 février dernier lorsque tous les membres du PP rejetteront en bloc l’anonymisation du vote et tout espoir d’amendement. La réforme de l’IVG a désormais champ libre. De son côté, et pour éviter toute polémique supplémentaire, Mariano Rajoy a toujours refusé de se prononcer sur le dossier.

Extrême conservatisme

Depuis, les manifestations contre ces mesures se multiplient dans le pays. Le premier février le "Train de la Liberté" faisait débarquer des milliers de femmes devant le ministère de la Justice pour déclarer leur « insoumission » à Gallardón et lui rappeler les temps où les espagnoles voyageaient à Paris et à Londres pour se faire avorter. À Burgos, des manifestantes sont venues déposer la propriété de leurs ventres à la Chambre du commerce pour symboliser leur droit à choisir. Deux semaines d’actions quotidiennes sont prévues à Madrid, les appels s’élargissent à d’autres pays pour encourager le rejet de cette réforme ainsi que d’autres jugées discriminatoires pour les femmes. L’extrême conservatisme du ministre de la Justice a été pointé du doigt depuis qu’il a déclaré dans l’hémicycle en 2013 que « le destin d’une femme était celui de devenir mère ».

En question également, le démantèlement par le gouvernement Rajoy de toute une partie des dispositifs sociaux, comme les aides financières pour le soin des personnes handicapés ou malades au sein de leur famille, tâche socialement attribuée aux femmes… Les orientations politiques en Espagne sont donc loin de prendre le chemin de la parité. On rappellera le fléau des violences au sein du couple avec ce chiffre choc : six femmes viennent d’être assassinées en Espagne dans l’espace d’une seule semaine.

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