Accueil > Politique | Par Laura Raim | 28 août 2014

Pour Placé, le gouvernement c’est pas maintenant

Le sénateur vert de l’Essonne n’était pas loin de réaliser son rêve et d’accepter le ministère de l’Économie verte que lui offrait Manuel Valls. Mais il n’a finalement pas osé défier la ligne du parti et prendre le risque de compromettre sa carrière politique.

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Caramba, encore raté. Jean-Vincent Placé a de nouveau été contraint de passer son tour sur le manège ministériel. Alors que Manuel Valls lui proposait lundi un ministère de "l’Économie verte" dans son nouveau gouvernement, le chef de file des écologistes au Sénat a dû décliner : « Les conditions pour la participation d’écologistes ne sont pas réunies. Je souhaite évidemment la réussite du gouvernement de la France », a t-il fini par déclarer sur Twitter mardi, après vingt-quatre heures de suspense.

« Trop tôt pour un bilan du quinquennat »

Il s’y serait bien vu, pourtant. Frustré, en avril dernier, par la décision du parti de refuser toute participation au gouvernement à la suite de la nomination de Manuel Valls à Matignon – accompagnée des démissions de Cécile Duflot et de Pascal Canfin – Placé ne manquait jamais une occasion d’exprimer son désaccord. Pas plus tard que le week-end dernier, le sénateur de l’Essonne signait aux journées d’été d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) à Bordeaux un texte appelant à organiser le retour des verts au gouvernement. « Moi je vous le dis très sincèrement, la place des écologistes est aux responsabilités, martelait-il également sur Europe 1 le 20 août. On est dans une période où tout le monde doit être au front et avoir les mains dans le cambouis. »

Et qu’importe que François Hollande ait clairement affiché sa volonté de persévérer dans une orientation néolibérale que Placé avait été le premier à dénoncer. Ce dernier a sensiblement adouci ses critiques, notamment sur le Pacte de responsabilité : « Je trouve que la gauche a fait trop de cas de ce pacte. Il est évident qu’il faut aider les entreprises », estimait-il dans un entretien au Figaro le 22 août. « Il est trop tôt pour faire un bilan du quinquennat », jugeait-il généreusement sur BFMTV le 21 août, soucieux de ne pas « stigmatiser la majorité, dans la situation où elle se trouve ».

Au risque de l’exclusion

Malheureusement pour lui, la ligne d’EELV n’a pas bougé d’un iota. Réuni lundi de manière exceptionnelle, le bureau exécutif, essentiellement acquis à Cécile Duflot, a maintenu la position : « Les écologistes ne peuvent apporter leur soutien à la mise en œuvre d’une politique économique qui donne la priorité aux réductions des dépenses publiques en les faisant porter en priorité sur les ménages », concluait le communiqué signé par les porte-paroles du parti, Sandrine Rousseau et Julien Bayou. « Les conditions n’étaient pas réunies en avril, elles le sont encore moins aujourd’hui », a ajouté dans la foulée la secrétaire nationale Emmanuelle Cosse. « Quand on est écolo, on n’a rien à faire dans un gouvernement qui défend l’austérité, les cadeaux au Medef et l’immobilisme environnemental », a abondé sur Twitter la députée européenne Karima Delli.

Reste que Jean-Vincent Placé aurait pu y aller quand même, « en son nom propre », comme l’a précisé Emmanuelle Cosse, c’est à dire en prenant le risque d’être suspendu ou exclu du parti. Le coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale François De Rugy, qui pouvait lui aussi espérer un poste, aurait même jugé que l’accord du parti était « secondaire », selon Les Inrockuptibles.

« Un bon exercice de style »

Pourquoi donc avoir refusé une proposition aussi alléchante ? Officiellement, parce que Valls n’offrait pas suffisamment de garanties écologistes : « Quand j’ai vu que la discussion ne pouvait aboutir sur une ligne écolo, j’en ai tiré les conclusions. Je ne voulais pas y aller à tout prix », assure Placé à la journaliste du Monde Raphaëlle Besse Desmoulières. « Il y avait une volonté d’ouvrir aux écolos mais sans beaucoup de moyens politiques. Nous nous sommes quittés en très bons termes. C’est un bon exercice de style. » La députée verte de la Somme Barbara Pompili, à qui Valls offrait un secrétariat d’État, confirme : « il n’y avait aucun infléchissement de la politique menée mais même plutôt un raidissement. »

Mais si Jean-Vincent Placé n’a pas cédé à la tentation ministérielle, ce n’est pas uniquement par souci de la transition énergétique. D’une part, son départ aurait privé EELV d’un groupe écologiste au Sénat, les élus verts n’y étant que dix, soit le seuil minimum pour former un groupe. De plus, le ministère proposé se serait transformée en secrétariat d’État au fil de la discussion, selon un député interrogé par Le Monde. Surtout, la désobéissance à la consigne du bureau exécutif lui aurait mis l’ensemble du parti à dos et aurait fait courir un gros risque pour sa carrière politique. Interrogé lundi sur iTélé, le député des Français de l’étranger Serge Coronado avait bien prévenu que si Placé acceptait un ministère, ce serait « un voyage sans retour, un aller simple ».

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Vos réactions

  • La nausée....La nausée....La nausée....

    Dominique FILIPPI Le 28 août 2014 à 15:07
  •  
  • Ah les magouilles, ah les gameleurs ! Les frondeurs, les enfûmeurs...
    Rassembler quoi ! La gauche ? Mais quelle gauche ?
    Redynamisons le Front de Gauche et dans l’action politique (et non dans la stratégie politicienne) rassemblons le peuple. Ouvrons les portes du Front de Gauche aux citoyens !

    CD Le 29 août 2014 à 17:48
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  • Les raisons invoquées par les arrivistes Placé et Pompili (Valls n’offrait pas suffisamment de garanties écologistes) prouvent bien que les promesses de "grand ministère" faites à Duflot pour qu’elle reste, c’était du flan.

    Davesnes Le 6 septembre 2014 à 14:49
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  • Le mouvement des jeunes français avec Kim-Jung-Un demande la démission immédiate de cet impérialiste sud-coréen !

    Vérité Le 8 septembre 2014 à 23:45
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