Accueil > Monde | Bloc-note par Emmanuel Riondé | 23 janvier 2013

Qui sont les commanditaires d’Ömer Güney ?

Le profil de l’homme mis en examen lundi dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des militantes kurdes soulève plus d’interrogations qu’il n’apporte de réponse.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La mise en examen lundi soir de Ömer Güney, suspecté d’avoir participé à l’exécution, le 9 janvier à Paris, de Leyla Çaylemez, Sakine Canciz et Fidan Dogan est loin d’avoir satisfait les membres de la communauté kurde. Comme nous l’écrivions lundi soir (« Les kurdes peinent à croire au règlement de compte interne ») ces derniers ne considèrent pas que le profil du suspect autorise à classer définitivement l’affaire dans le tiroir des conflits internes au mouvement. Au contraire.

Au lendemain de l’annonce faite par le Procureur de Paris de la mise en examen, Murat Karayilan, actuellement responsable militaire du PKK a déclaré, dans une intervention traduite et relayée hier par l’agence kurde Azadnews (« PKK : les assassinats contre les Kurdes à Paris ont été commis par la Turquie et d’autres Etats »), que Ömer Güney n’avait « aucun lien avec le PKK, aucun lien avec l’administration du PKK », contrairement aux informations qui ont circulé. Si le suspect était bien « une personne qui fréquentait l’association kurde parisienne et participait de temps à autre aux manifestations pacifiques », cela ne signifie pas qu’il était membre du parti, souligne le leader de la guérilla kurde pour qui « la probabilité que cette personne se soit infiltrée il y a deux ans et qu’elle ait travaillé dans l’association est très forte. Il est clair et manifeste que notre mouvement est face à un complot (...). En massacrant une figure symbolique de notre mouvement ainsi que deux importantes cadres kurdes, le scénario préparé pour attaquer notre mouvement, en essayant de donner l’image d’un conflit interne, est aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du jour. »

Le chef militaire établit un lien entre le triple assassinat du 9 janvier et les récents affrontements au Kurdistan. Il évoque notamment une attaque conduite le 31 décembre par l’armée turque qui a coûté la vie à un certain « Numan (Ertem Karabulut) », responsable de région, et les « opérations militaires d’envergure » menées le 14 janvier contre les « hauts cadres [du] mouvement » dans la région de Qandil au Kurdistan irakien. Des évènements dont la proximité laisse penser selon lui que les Kurdes sont bel et bien face à une offensive concertée qui entend « saboter les pourparlers qui ont débuté dans l’île de prison d’Imrali », où est emprisonné Abdullah Ocalan.

Cette thèse d’un plan ourdi par des services turcs pour déclencher une spirale négative susceptible de faire échouer les négociations actuelles est aujourd’hui très partagée dans les milieux militants. Où l’on insiste sur le fait qu’Ömer Güney n’était lié que de loin à une association kurde en région parisienne et qu’il n’était « même pas un militant de base » du PKK. Affirmant que le suspect appartient en fait à une famille proche des « Loups gris » - mouvement turc, ultra-nationaliste et fascisant, relativement actif en Europe occidentale, notamment en Belgique -, un militant s’interroge : « La police fiche systématiquement tous les militants de la cause kurde. Pourquoi alors n’ont-ils aucun fichier sur lui, alors qu’il est censé être membre du PKK ? » Avant de proposer quelques réponses lapidaires : « C’est une affaire préparée minutieusement, l’Etat Turc est impliqué et la France essaie de cacher cette vérité. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?