Accueil > Economie | Par Laura Raim | 4 septembre 2014

Relance vs austérité : Merkel recadre la BCE

La Banque centrale européenne doit être indépendante… mais seulement si elle prône l’austérité. Angela Merkel a fait savoir à son président Mario Draghi qu’elle n’avait pas apprécié ses déclarations appelant à de véritables politiques de relance.

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Que la BCE s’avise de recommander un changement de politique économique allant dans le sens d’un soutien accru à la demande, et elle verra bien ce que l’Allemagne pense de sa supposément intouchable indépendance. Mario Draghi a eu l’occasion, la semaine dernière, de faire le test. Le 22 août, lors d’une réunion des banquiers centraux à Jackson Hole aux États-Unis, le président de la BCE a en effet osé dévier de la ligne allemande en affirmant la nécessité, face à la fragilité de la reprise et à la menace déflationniste, d’un « programme d’investissements en Europe » et de politiques budgétaires « plus favorables » à la croissance.

Or si l’Allemagne tient à l’indépendance de la BCE, elle tient encore plus à l’orthodoxie budgétaire des États membres de la zone euro. Selon le Spiegel, aussi bien Angela Merkel que son ministre des Finances Wolfgang Schaüble n’auraient pas hésité à passer un coup de fil au banquier central "indépendant" et s’assurer que ce dernier n’entendait pas sérieusement remettre en cause les politiques de rigueur. Une information en partie démentie par la chancellerie, qui précise que c’est Draghi qui aurait décroché le téléphone pour rassurer ses interlocuteurs allemands. Reste qu’une telle conversation téléphonique, peu conforme à l’esprit des traités, n’aurait pas été tolérée si elle s’était tenue avec un chef de l’État grec demandant à la BCE de se montrer moins sévère sur les déficits…

Le fléau de la déflation

Le contenu exact des discussions étant resté confidentiel, il faut espérer que l’Italien ait tenu tête à Berlin. Car l’heure est grave : l’inflation en zone euro a encore glissé à 0,3% en août, bien en dessous des 2% que vise la BCE. Avec l’Italie tombée en déflation au mois d’août pour la première fois depuis 1959, neuf des dix-huit pays de la zone euro affichent désormais un taux négatif ou quasiment nul. Selon les calculs d’Alternatives économiques, 40% de la population de la zone euro a ainsi basculé dans la déflation. Or la baisse des prix est un fléau : les taux d’intérêts réels augmentent, le poids des dettes s’accroît, et le désendettement privé comme public devient par conséquent impossible.

Plus jeune, Angela passait déjà des coups de fil en faisant la tête.

Quant aux entreprises, elles n’ont aucun intérêt à investir ou à embaucher face à une demande en berne : les consommateurs potentiels pariant sur la baisse continue des prix reportent leurs achats. Dans ce contexte, persévérer dans les politiques de l’offre est un non-sens. La réduction des cotisations n’incite pas les entreprises à embaucher tant que leurs carnets de commande demeurent vides.

La BCE ayant déjà abaissé en juin dernier ses taux directeurs à des plus bas historiques et renforcé son arsenal de mesures « non conventionnelles » pour injecter des liquidités dans le système, le levier monétaire est épuisé. Il ne reste donc plus que le levier budgétaire pour relancer la croissance, surtout en Allemagne, qui dispose des marges de manœuvres pour laisser filer les déficits tout en respectant les traités. Même la directrice du FMI Christine Lagarde l’a reconnu la semaine dernière, exhortant l’Allemagne à « participer au mouvement de reprise de manière intense ». Indifférente à son isolement croissant, l’Allemagne refuse de changer de cap. Pour Schaüble, les propos de Draghi ont simplement été « surinterprétés ».

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