Accueil > Société | Par Emmanuel Riondé | 7 février 2013

Roms, entendre les collectifs

« Pas d’expulsions sans solutions ». La formule était du candidat Hollande durant la campagne du printemps dernier. Dans les Bouches du Rhône, des collectifs Roms demandent aux municipalités de prendre leurs responsabilités. Ce qu’elles ne font pas.

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Il existe d’autres solutions, pour traiter de la question Rom, que les évacuations manu-militari et les destructions de camps. C’est ce qu’est venu dire mardi dernier, 5 février, le Collectif Roms de Gardanne accompagné du Collectif aixois pour les droits et la dignité des Roms, des immigrés et des sans-papiers (CADDRIS) devant la sous préfecture d’Aix en Provence.
Objet de cette intervention publique (un communiqué, une conférence de presse et une lettre adressée au sous-préfet) : l’arrêt municipal pris le 31 janvier dernier par le maire de Gardanne (Roger Meï, PCF, maire depuis 1977) enjoignant à des familles Roms de quitter l’ancien puits de mine, le "Puits Z" où elles étaient installées.

Enième déclinaison provençale de l’édile tapant sur les « estrangers » pour flatter les instincts les plus rances d’une partie de son électorat ? Pas si simple. Comme le rappelle le communiqué du Collectif, « depuis septembre dernier, le Maire de Gardanne a accepté d’accueillir sur le territoire de la Commune 11 famille Roms, représentant 62 personnes. [Et ce, sur un site que] le maire avait préalablement fait sécuriser en urgence, et sur lequel les familles disposent du minimum décent : eau et electricité. (...) Le Maire de Gardanne, faisant ainsi preuve d’une humanité et d’un courage politique demeurés à ce jour uniques dans le département des Bouches du Rhône, a dès ce moment indiqué clairement que le nombre de familles accueillies serait limité, même s’il a par la suite accepté d’accueillir quelques personnes supplémenatires (...) ».

Les services municipaux, ceux de l’Education nationale, les associations de solidarité ont été associés à cette démarche. Sans surprise étant donné les conditions de vie très précaires qui sont les leurs dans la région [1] et les évacuations dont ils sont régulièrement victimes, « des personnes surnuméraires ont afflué au Puits Z ». Ce qui a donc conduit le maire de la commune à prendre cet arrêté municipal qui ne concerne d’ailleurs que ces « surnuméraires ».

Le Collectif Roms de Gardanne qui assure ne pas « contester sur le fond ni le courage du Maire de Gardanne, ni la légitimité de sa volonté, clairement affichée dès le début, de limiter le nombre de personnes accueillies à Gardanne » demande cependant que soit appliqué « le principe"pas d’expulsions sans solutions", selon une formule du candidat Hollande, aujourd’hui Président de la République ».

Le Collectif de Gardanne et le CADDRIS convoquent en appui la circulaire ministérielle du 26 août 2012 exigeant que du « diagnostic » et du « repérage » soient menés auprès des populations concernées, ainsi que la recherche de solutions d’hébergement alternatives. Et rappellent que le Comité européen des Droits sociaux de l’Europe a une nouvelle fois condamné la France en janvier pour « violations manifestes de droits et d’accès aux droits des populations Roms ».
Dans ce contexte, les Collectifs proposent des solutions fondées sur la mise en place de « petites unités ». « Ces gens ont des droits, ce sont des citoyens européens, rappelle Hervé Guerrera élu Partit occitan du Conseil régional PACA et responsable du CADDRIS. On peut trouver des solutions. Il faut un plan départemental avec des petites unités qui permettent d’avancer tous ensemble ». Que ce soit pour la scolarisation des enfants ou le suivi sanitaire, il prône l’installation de « plusieurs petits camps accueillant entre 50 et 100 personnes, pas plus car c’est la jauge qui permet de suivre les gens individuellement ». Un suivi individuel qui reste le meilleur moyen de ne pas rompre le fil, toujours très ténu, que parviennent à établir les militants auprès de ces communautés, habituées à être chassées et reléguées.
« Pas question d’imaginer la mise en place de grands camps d’accueil, renchérit Didier Bonnel du Collectif Roms de Gardanne. Cela n’évoque aucun bon souvenir. Et surtout on sait d’expérience ces petites unités permettent aux associations de bien faire leur boulot, de tisser des liens avec les personnes et les familles. Pour cela il faut agir à échelle humaine et il faut du temps... »

Le collectif s’est adressé fin novembre puis en janvier aux maires de 25 communes environnantes « dans l’espoir que des solutions soient trouvées », allant dans ce sens. Mais les « très rares réponses » reçues ont été pour la majorité d’entre elles « hors-sujet », déplore Didier Bonnel qui évoque ce maire d’une commune de plus de 10.000 habitants qui lui a assuré qu’il n’avait pas la place pour accueillir... une famille.
En 2012, Aix-en Provence, dont la maire UMP Maryse Joissains avait expliqué en avril dans la presse locale qu’elle ne voulait « plus un seul Rom dans [sa] commune », a dépensé selon Hervé Guerrera 600 000 Euros en frais de destruction de camps Roms. C’est le coût annuel de ce beau dessein politique : des bulldozers et des pelleteuses plutôt que le Droit et la solidarité.

Notes

[1dernier drame en date à Marseille, le 12 janvier, un jeune couple et leur petite fille de 5 ans ont été percutés et tués par un TER alors qu’ils circulaient sur les voies pour rejoindre leur squat dans le 15ème ardt. Ils avaient été débarqué après un contrôle de billet

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