Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 22 septembre 2014

Sarkozy : le buzz ne fait pas une élection

Nicolas Sarkozy est donc officiellement de retour. Il ne pouvait pas faire autrement, a-t-il confié. Mais ce retour n’est pas une affaire pliée d’avance : les doutes ne manquent pas dans l’encadrement de son propre parti, et sa prestation sur France 2 ne les a pas levés.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

En premier lieu, le come-back de Nicolas Sarkozy interdit tout retour critique sur ce qui a produit son échec de 2012. Un échec qu’il s’empresse de relativiser voire de nier, en rappelant que l’écart n’était pas si grand avec son concurrent socialiste. Sous-entendu : j’ai failli gagner, cela aurait pu marcher, cela peut marcher demain. Or ce retour critique impossible est un facteur bloquant pour l’UMP et sera un argument massue pour ses adversaires : pourquoi n’avoir pas fait hier ce que vous prétendez faire aujourd’hui ?

En second lieu, il n’annonce pas de prise de distance avec la ligne ultra-droitière prônée par Patrick Buisson. Contrairement à ce qui se dit souvent, il n’est pas évasif sur son projet politique. Ni gauche ni droite, défense de la famille, remise en cause de Schengen et référendum : voilà les bases d’un programme cohérent, bien à droite, visant ouvertement l’électorat séduit aujourd’hui par Marine Le Pen. Sur de telles bases, il n’est donc pas sûr de rassembler la famille de droite, comme il avait su le faire en 2007.

Par-delà les oppositions de personnes (Fillon de nouveau qualifié de « bon collaborateur »), les désaccords stratégiques persistent sur deux points : l’avenir de l’UMP et la base politique de la campagne. Bruno Lemaire incarne ainsi une conception renouvelée du parti, agrégeant les soutiens de ceux qui veulent un appareil moins soumis aux volontés du chef. Ceux de François Fillon et d’Alain Juppé Juppé lui sont notamment acquis : ils n’entendent pas se faire voler la primaire avant l’heure. Or si Lemaire réussit à rassembler au-delà de 25% des voix, le retour de Sarkozy sera déjà une manière d’échec (il en avait obtenu 86% pour son élection à la tête de l’UMP, fin 2004, au nez et à la barbe de Jacques Chirac).

Un aveu de faiblesse pour la droite

Alain Juppé, par ailleurs, sera un concurrent coriace : le désaccord stratégique sur la question du Front national est constitué et, sur cette base offensive, Juppé peut prétendre à être un rassembleur bien plus efficace de l’ensemble de son camp (il peut se targuer du soutien de Bayrou). Quant à Fillon, il a moins d’atouts politiques, mais il attire les cadres du parti convaincus qu’une révolution libérale authentique est nécessaire à la France.

La question des affaires n’est donc qu’un élément de fragilité parmi d’autres pour Nicolas Sarkozy. Cela ne l’empêche pas de constituer une donnée à très haut risque pour le nouveau candidat. Ses chances ne peuvent donc se mesurer aux seuls échos médiatiques de son entrée officielle en lice. Tout compte fait, sa réémergence est aussi un aveu de faiblesse pour la droite. Faute de s’accorder sur une politique, une stratégie et un nom, la voilà contrainte de ressortir du placard celui-là même qui l’avait conduit à l’échec, entre 2007 et 2015…

À lire aussi dans le numéro d’automne de Regards :

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions