Accueil > Politique | Par Laura Raim | 30 septembre 2014

Sécurité sociale : les familles ciblées par l’austérité

Le gouvernement socialiste poursuit son programme de détricotage social. Lundi, la ministre de la Santé Marisol Touraine a détaillé une série de pistes devant permettre de réaliser 700 millions d’économies sur la branche famille de la Sécu en 2015.

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Au menu du ministère : réduction de la durée du congé parental pour les mères, division par trois de la prime de naissance, (actuellement de 923 euros), à partir du deuxième enfant et baisse des aides à la garde d’enfant pour les familles aisées. Cette dernière mesure n’est pas aussi juste qu’elle en a l’air : car le gouvernement semble habituellement considérer comme "famille aisée" un couple avec deux enfants gagnant 53.000 euros par an (soit 2.200 euros mensuels chacun). Ce ne sont donc pas les quelques millionnaires qui sont visés. De fait, l’Observatoire français des inégalités considère que l’on est riche lorsque l’on gagne plus de deux fois le revenu médian, soit au-delà de 7.683 euros par mois pour un couple avec deux enfants.

C’est la crise qui creuse le "trou"

En plus des économies sur la branche famille, Marisol Touraine a présenté un plan d’économies de 3,2 milliards sur la branche maladie. Évidemment, c’est pour la bonne cause : selon la commission des comptes de la Sécurité sociale, le déficit du régime général en France s’aggraverait à 14,7 milliards d’euros en 2015 sans mesure nouvelle d’économies. Après avoir servi à justifier les déremboursements de médicaments, le ticket modérateur, la franchise médicale et le forfait hospitalier payés par les patients, le fameux "trou de la sécu" est une fois de plus mobilisé pour signaler que nous vivons « au-dessus de nos moyens » et pour légitimer de nouvelles coupes dans les dépenses publiques.

Mais ce que le gouvernement feint d’ignorer, c’est qu’il est normal qu’en période de crise, les recettes en baisse ne suffisent pas à satisfaire les besoins en financement. Autrement dit le "trou" n’est pas le fait de dépenses « excessives » mais de la chute de la masse salariale et des rentrées fiscales. Sans compter le manque à gagner que représentent les fraudes patronales. Selon le tout récent rapport annuel de la Cour des comptes, le niveau des fraudes aux cotisations s’est établi à un niveau record en 2012, avec un montant estimé entre 20,1 et 24,9 milliards d’euros. Ce sont ainsi près de 5% des recettes de la Sécu qui manquent chaque année dans les caisses. Étonnamment, on entend peu Marisol Touraine sur ce sujet.

Baisse du "coût" du travail et assèchement des ressources

Au-delà de l’impact de la fraude, comment s’étonner que le déficit se creuse quand l’État ne cesse de multiplier les allègements et exonérations de cotisations, alors que les dépenses de santé sont structurellement amenées à augmenter pour des raisons d’amélioration des soins et de vieillissement de la population ? Depuis les années 90, les gouvernements Balladur, Juppé, Jospin et Fillon ont successivement mis en place des dispositifs fiscaux destinés à faire baisser le "coût du travail" au nom de la compétitivité des entreprises françaises, mais qui n’ont fait qu’assécher progressivement les ressources de la Sécurité sociale. Un mauvais calcul du point de vue aussi bien social que macroéconomique puisque les familles privées d’allocations ou de couverture santé sont incitées à se serrer la ceinture pour se soigner ou pour épargner, ce qui réduit la consommation et entrave la reprise.

Manuel Valls emboite désormais le pas à ses prédécesseurs avec ses 30 milliards d’euros d’allègements fiscaux et sociaux inclus dans le Pacte de responsabilité. Et il ose encore prétendre que « réformer, ce n’est pas casser notre modèle social ».

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  • "on est riche lorsque l’on gagne plus de deux fois le revenu médian, soit au-delà de 7.683 euros par mois pour un couple avec deux enfants." Oui, absolument. On est dans les 10% des français les plus riches.
    Pas la peine de gémir sur l’austérité, si vous n’êtes pas capable d’accepter qu’on taxe les riches, aussi bien les aisés que les très riches.

    Le trou de la "Sécu" est mineur comparé au volume financier que représente la Sécu chaque (cf Bernard Friot et ses analyses sur le salariat, les retraites et la Sécurité Sociale).
    Il est aussi creusé par les ponction que fait l’Etat pour donner aux entreprises, par exemple.
    Alors pas la peine de stigmatiser les dépenses de santé, qui augmentent, ou pas, suivant la catégorie sociale où on se trouve, d’ailleurs. Les dépenses des ouvriers et employés ne sont guère orientées à la hausse...

    Sam Le 5 octobre 2014 à 10:12
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