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Accueil > Société | Par Marie Chablis | 30 septembre 2014

Semaine charnière pour les intermittents

Réunis en assemblée générale lundi soir, les intermittents et précaires relancent la mobilisation : appel à la grève mercredi 1er octobre, manifestations et actions partout en France. Des poids lourds du théâtre contemporain emboîtent le pas.

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Ambiance studieuse et digne à la Bellevilloise. La réunion dure une heure trente comme prévu, l’ordre du jour est tenu, les prises de paroles sont courtes et précises. Un seul mot d’ordre : remobiliser les troupes. Les intermittents demandent toujours l’abrogation de la convention d’assurance chômage. Le leitmotiv de Denis Gravouil, responsable de la CGT spectacle ne bouge pas : « Ce sont les droits de tous les demandeurs d’emploi qui sont asséchés : les travailleurs précaires, les intérimaires, les intermittents du spectacle, les salariés licenciés… Tout ce qui entoure le régime des intermittents est fragilisé ; il devient de plus en plus difficile d’entrer dans le régime intermittent. »

Après les mobilisations de cet été, le mouvement cherche maintenant à s’installer dans la durée. En 2003, c’est à cette période de l’année que le mouvement avait flanché. « Cette semaine est charnière pour les intermittents, déclare Denis Gravouil, mais en fait, c’est tout l’automne qui est charnière pour les droits de tous les salariés. »

Entrée en grève des puissants

Une entrée en grève n’est jamais chose facile. Pour les intermittents, il s’agit de renoncer à jouer ce spectacle préparé collectivement depuis des mois, de perdre potentiellement quelques cachets et de fragiliser des droits acquis difficilement. Pendant que le chapeau tourne pour la caisse de solidarité, Johnny fait le point : « Les équipes du Théâtre national de la colline, du Théâtre de la commune d’Aubervilliers, du Théâtre de Gennevilliers sont en grève. Les représentations n’ont pas lieu. La générale de La Vie de Galilée est annulée. Les discussions vont bon train au Théâtre de la Ville dans l’équipe de Vincent Macaigne. D’autres devraient emboîter le pas. »

Et Irène d’ajouter : « Tu pourrais être plus enthousiaste ! Ce sont des poids lourds du théâtre subventionné qui montent au créneau, on parle des équipes de Marie-José Malis, de François Tanguy, de Stéphane Braunschweig et de Sylvain Creuzevault… » Tonnerre d’applaudissements. Ces chefs de file du théâtre contemporain défendent un répertoire sérieux (Brecht, Marx, Hölderlin...) ou lancent de jeunes auteurs. Quid du secteur audiovisuel ? Personne ne semble avoir écho d’une nouvelle mobilisation pour le moment.

Une concertation qui stagne

Au lendemain de cette journée de grève, la concertation reprendra entre les trois médiateurs du gouvernement, les coordinations des intermittents, les syndicats, le patronat et des experts. Le premier ministre a demandé aux médiateurs de faire des propositions avant le mois de décembre. Véronique, de la Coordination, explique que « le mouvement se trouve dans une situation compliquée. Le gouvernement a annoncé que l’enveloppe de la Culture était reconduite telle quelle. Mais il devient insupportable de n’avoir aucune réponse précise aux revendications que l’on porte. Elles sont pourtant très claires et chiffrées. Il n’est pas acceptable que les médiateurs nous disent tranquillement qu’ils n’ont pas à répondre à nos injonctions. Et bien si, ils doivent nous répondre ! »

Remontée à bloc par les interventions de la salle, la CGT déclare qu’elle ne sortira pas de la réunion de concertation sans un calendrier de travail clair, l’accès aux chiffres de l’Unedic et l’assurance d’une réouverture des négociations. La pression des intermittents à la porte de la réunion de concertation est organisée dans la foulée par Loïc de la compagnie Jolie môme.

Vers une judiciarisation du mouvement

Deux recours en justice dénonçant l’accord sur l’assurance chômage sont déposés. L’un par la CGT, l’autre par les Matermittentes, la Coordination des intermittents et précaires, de Sud, et de Recours radiations. Ces actions en justice sont à double tranchant. Elles peuvent durer longtemps et alors la mobilisation tarit ; ou au contraire, elles contribuent à relancer les négociations.

Pour la CGT et la Coordination, c’est bien là qu’est le nerf de la guerre. « Depuis 1996, insiste Denis Gravouil, le Medef et la CFDT se mettent d’accord et l’Assemblée nationale et le Sénat n’ont plus qu’à agréer leurs décisions. Nous ne voulons plus de ce type de non-négociations, nous voulons une victoire pour tous les salariés. Depuis le printemps, nous avons réussi une très forte mobilisation qui a obligé le gouvernement et le patronat à faire avec nous différemment. Nous sommes au milieu du gué, nous devons tenir bon et se faire confiance. »

Une nouvelle ministre attendue au tournant

La nomination de Fleur Pellerin au ministère de la Culture n’a pas amoindri la mobilisation des intermittents. Même son annonce faite dans le Monde (« Si besoin, je ferais appel à la loi ») ne rassure pas le mouvement. Vendredi 16 septembre, la ministre souhaitait probablement envoyer un signe politique fort, en se rendant à la première de la pièce Liliom au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis (93). Mais voilà, la "Charte des festivals" adoptée par la Coordination des intermittents et précaires au Théâtre de la Colline, en mai dernier, s’applique encore ; les membres du gouvernement sont toujours persona non grata dans les lieux de spectacles.

Devant le filtrage organisé par les intermittents à l’entrée du Théâtre, Fleur Pellerin a annulé sa sortie culturelle. Loïc conclut tranquillement la soirée : « Bon, pour l’action de jeudi matin, pour une fois, on ne va pas se lever très tôt. Le rendez-vous est à 8h30 cour de Rome devant la gare Saint-Lazare ». Et chacun prend un paquet de tracts ou d’affiches, et s’en va coller gaiement.

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