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Accueil > Politique | Entretien par Sophie Courval | 11 février 2014

« Si on faisait le même référendum en France, on n’aurait pas un résultat très différent »

Le résultat de la votation en Suisse sur la situation des migrants déclenche en France de vives critiques de la part des grands médias et des personnalités politiques. Pourtant, la France et l’Union européenne n’ont rien à envier à la Suisse en matière de politique migratoire. Entretien avec Claudia Charles, juriste, chargée d’études au GISTI (groupe d’information et de soutien des immigrés).

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Regards.fr. La question de la votation demandait aux Suisses de se positionner sur l’« immigration de masse ». Que traduit selon vous cette formulation ?

Claudia Charles. Le discours sur la supposée « immigration de masse » est commun aux pays membres de l’Union européenne – la Suisse n’en fait pas partie, mais elle est associée à l’Union et fait partie de l’espace Schengen. Parler de l’immigration massive, c’est une manière de montrer qu’il est urgent de maîtriser l’arrivée des étrangers, et de décider entre qui on veut et qui on ne veut pas. Le résultat du vote démontre que ce discours est très efficace.

Que révèle ce résultat ?

Le repli sur soi, le repli identitaire des pays comme la Suisse ou la France... Si l’on faisait un référendum de ce même type en France, on n’est pas sûr d’obtenir un résultat très différent. Le discours général et les sondages montrent que les Français sont assez réticents à l’immigration et qu’ils sont pour empêcher l’arrivée des étrangers. Ce résultat est la parfaite démonstration que les discours tenus par les responsables politiques, qui n’hésitent plus à instrumentaliser la question de l’immigration, font écho dans l’opinion publique.

Malgré les vives protestations des politiques français, l’Union européenne, la France, n’ont rien à envier à la Suisse en matière de politique d’immigration...

En France, il n’y a pas de quota, mais le débat est venu sur la table à plusieurs reprises. La dernière fois, je crois que c’est Malek Boutih qui s’était déclaré favorable à cette politique de quotas. À ce jour, le droit existant ne permet pas de le faire, mais avec ou sans quotas on maintient des étrangers aux frontières externes de l’UE. On empêche la venue de nouveaux migrants. Le cas des Syriens par exemple est assez démonstratif de ce qui se passe à l’égard de personnes qui ont besoin d’une protection internationale que l’UE ne leur offre pas. Beaucoup de dispositifs européens ont été créés pour maintenir en dehors de nos frontières les étrangers "indésirables".

Frontex par exemple ?

Oui. Frontex est une agence qui a son siège à Varsovie. Elle est chargée de mettre en place des opérations conjointes de contrôles aux frontières et d’empêcher l’arrivée des migrants. Normalement, ses objectifs sont aussi de venir au secours des migrants en danger de mort, mais on a bien vu que dans ce domaine, Frontex s’avère très inefficace. Elle travaille beaucoup avec les pays tiers comme la Mauritanie, le Maroc, la Libye, l’Ukraine, afin que ces états bloquent les migrants à leurs frontières intérieures. En Turquie, par exemple, il y a eu énormément d’opérations de Frontex pour empêcher les migrants de rejoindre la Grèce.

Existe-t-il d’autres dispositifs ?

Il y a Eurosur, un dispositif qui contrôle les travaux fait dans le cadre de Frontex. Ou encore les accords de réadmissions, c’est-à-dire qu’on négocie des accords avec des pays tiers pour que ces derniers réadmettent leurs ressortissants, mais aussi toutes les personnes passées par leur territoire pour rejoindre l’UE de manière irrégulière. Le système des visas est également très efficace, puisqu’il permet de construire des frontières virtuelles sur les pays tiers. Quand on impose des officiers de liaison dans les consulats et les aéroports internationaux pour vérifier qu’il n’y a pas de demandeurs d’asile ou de personnes sans visa, on transpose une frontière virtuelle dans d’autres pays. Les officiers de liaison de l’UE constituent encore un autre dispositif, permettant de contrôler l’arrivée des étrangers. Ils opèrent dans des pays tiers, pour contribuer à la formation des agents de ces pays-là à contrôler les passeports, repérer les faux documents, détecter dans les aéroports les personnes qui pourraient devenir des demandeurs d’asile ou démunis de visa. On ne les laisse même pas monter dans l’avion.

Pour une fois, les Français se retrouvent du mauvais côté de la frontière…

Ce vote concerne tous les étrangers mais parmi les ressortissants européens les Français sont les premiers concernés, notamment les travailleurs transfrontaliers, avec les Roumains et les Bulgares, sauf que ces derniers sont habitués à être du mauvais côté. Par ailleurs, ce vote remet en cause les accords de la Suisse avec l’UE, qui prévoyait la libre circulation des personnes. Il va être intéressant, maintenant, de voir quelle sera la réaction de la Commission européenne : les accords avec la Suisse seront-ils dénoncés ? Et quelles en seront les conséquences juridiques, politiques et économiques ? Tout cela risque fort d’être préjudiciable... y compris pour la Suisse.

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  • Je suis Suisse naturalisé, (né en Suisse, mais parents qui ont immigré en Suisse) je vis en Suisse, du côté francophone, (qui a majorité voté non), et j’ai voté Oui.

    Je ne suis ni raciste, ni replié sur moi, mais j’ai un cerveau et je l’utilise.

    En l’an 2000, la Suisse comptait 7 millions d’habitants, en 2014 la Suisse compte plus de 8 millions d’habitants.

    En l’espace de 13 ans, la Suisse, petit pays, a augmenté sa population d’un million d’habitants. (80’000 habitants pas année). Lors des accords bilatéraux, que les suisses ont acceptés, le gouvernement tablait sur une immigration de 8’000 habitants, 10 fois moins que la réalité. La crise économique de 2009 est passée pas là, les étrangers sont venus en masse en Suisse, qui était moins touchée par la crise économique. Pour accueillir ces personnes, il faut construire. Des immeubles, des écoles, des hôpitaux, des routes. La Suisse devait donc construire une ville comme Lucerne chaque année. Dans les faits, le mitage du territoire c’est fait un peu partout en Suisse.

    Les Suisses ont voté oui, car le gouvernement n’a pas tenu sa promesse, à savoir mettre des mesures d’accompagnement pour éviter le dumping salarial. Les salaires des Suisses sont hauts, la vie est chère, mais les étrangers acceptaient des salaires plus bas en concurrence avec les Suisses ou étrangers vivant en Suisse depuis longtemps ou né en Suisse. Cela était particulièrement le cas dans le canton du Tessin.

    Bref, j’ai voté Oui pour des questions écologiques, je ne veux pas que l’on bétonne toute la Suisse, et j’ai voté oui pour mettre fin au dumping salarial.

    La Suisse ne peut pas accueillir toute la misère de l’Europe.

    P.S. La Suisse pour rappel, a plus de 20 % d’étrangers, sans parler de tous les naturalisés. C’est une terre d’accueil, mais à un moment donné, il faut dire, contrôle de l’immigration. Dans son chez soi, sa maison, son appartement, les surfaces sont ce qu’elles sont, vous ne pouvez pas bouger les murs quand il y a trop de monde...

    Lucignolo Le 2 avril 2014 à 18:55
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