Accueil > Politique | Par Laura Raim | 3 avril 2014

Verts : la rupture au risque du déchirement

Au terme d’une longue journée de débats, le parti écologiste a finalement annoncé mardi qu’il se pliait à la ligne radicale de Cécile Duflot pour se dissocier de la politique du gouvernement. Quitte à se mettre une bonne partie de son camp à dos. Retour sur les dessous de cette décision.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est une décision lourde de conséquence qu’a prise la direction des Ecologistes mardi soir. Au terme de six heures de discussion, le bureau politique d’Europe Ecologie-Les Verts a déclaré que le parti déclinait et interdisait à ses membres toute entrée au gouvernement de Manuel Valls, quitte à renoncer à contrôler le grand ministère de l’Environnement que leur proposait le nouveau Premier ministre.

Deux lignes de fracture

Le bureau exécutif, plutôt proche de Duflot, a en effet voté contre par 7 voix contre 3, et 5 abstentions. Une prise de position forte, cohérente avec celle de Pascal Canfin et Cécile Duflot, les deux représentants verts du gouvernement démissionnaire de Jean-Marc Ayrault, qui avaient annoncé la veille qu’ils refusaient de travailler avec Manuel Valls. Ce qui semble confirmer que, comme le dit Noël Mamère, Cécile Duflot est restée « la vraie patronne » des écologistes.

Loin de faire l’unanimité cependant, cette position radicale a révélé et approfondi deux lignes de fracture. La première divise la très fragile majorité officielle issue du Congrès de Caen de novembre dernier, majorité qui était en réalité déjà au bord de la scission, avec le clan de Cécile Duflot s’opposant à celui de Denis Baupin, qui aurait souhaité rester au gouvernement jusqu’au bout.

La deuxième fracture concerne les parlementaires, puisqu’au sein du groupe écologiste à l’Assemblée nationale comme au Sénat, une majorité très large était en faveur d’un maintien dans le gouvernement. Il faut dire que certains élus, comme le sénateur Jean-Vincent Placé ou le député François de Rugy, y avaient un intérêt direct puisqu’ils se voyaient bien ministres, tandis que les autres députés « savent que leur réélection dépend de leur bonne entente avec le PS », explique Julien Bayou, porte-parole des Verts.

Tant pis pour le "ministère de la transition énergétique"

Bataillant contre le « coup de force » de Cécile Duflot, le chef de file des sénateurs écologistes Jean-Vincent Placé, André Gattolin, Ronan Dantec, les coprésidents du groupe à l’Assemblée nationale Barbara Pompili et François de Rugy, ainsi que le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert ont donc passé des heures, mardi, à développer leurs arguments. À commencer par le beau score des élections municipales : leurs quelques 220 listes avaient réuni 11,8 % des suffrages au premier tour – de quoi leur donner un supplément de légitimité pour défendre leur cause au sein du pouvoir. Denis Baupin a ainsi ironisé sur Twitter : « Ben oui, mais moi bêtement je me dis que les gens qui ont voté pour nous il y a dix jours l’ont peut-être fait pour qu’on agisse ».

Surtout, les partisans du maintien estimaient que c’était « de la folie » de rejeter la proposition que Manuel Valls leur avait faite lors d’une réunion mardi matin : un grand ministère de l’Écologie, avec l’Énergie, le Logement et les Transports, chargé de préparer la loi sur la transition énergétique ainsi que l’introduction d’une dose de proportionnelle. « Avec les propositions qui ont été faites, on se retrouve avec une politique plus écolo que ce qui a été fait ces dernières années, et c’est maintenant que nous partons... », regrette la députée Véronique Massonneau sur le site de francetv.info.

Dans son entretien au Monde, la secrétaire nationale du parti Emmanuelle Cosse, qui s’est abstenue lors du vote, concède que la proposition de Valls « était solide et correcte. Il a fait la proposition que François Hollande ne nous a pas faite en 2012 ». François de Rugy avait par conséquent proposé que les Verts acceptent de participer, et qu’au « bout de trois ou six mois », ils aient « un vrai vote interne » pour juger « sur pièces », explique-t-il sur RFI.

Des postes ou une vraie politique écologique ?

Face au durcissement de la ligne du parti, Daniel Cohn-Bendit accuse sur i-Télé Cécile Duflot d’avoir « choisi une stratégie personnelle ». « Elle joue sa carte dans la perspective de 2017 », croit savoir une parlementaire dans Le Figaro. Dans cette hypothèse, il est en effet logique qu’elle ait cherché à se dissocier de la politique désastreuse du gouvernement, quitte à faire des mécontents dans son camp. Il n’empêche que le rejet de la politique économique de Hollande avait fait consensus lors du dernier Conseil fédéral, le 8 février dernier. À l’unanimité moins un blanc, une motion avait en effet été adoptée, disant ceci : « EELV exprime une opposition ferme à l’orientation économique environnementale et sociale de la politique gouvernementale telle qu’elle a été exprimée par François Hollande lors de sa conférence de presse de janvier ».

Et ce ne sont pas les promesses alléchantes de Valls qui auraient changé la donne. « Ce n’est pas parce qu’on nous offrait un ministère au titre pompeux qu’on aurait pu mener une autre politique », affirme le militant Pierre Minnaert. « Ça ne sert à rien d’avoir des postes si on n’a aucune marge de manœuvre. Si Hollande persiste à vouloir faire 50 milliards d’euros d’économies dans le cadre de sa politique d’austérité, l’État ne pourra pas financer un vaste plan keynésien de transition énergétique », confirme Julien Bayou. Manuel Valls « propose aux écologistes des postes quand nous, (...) nous voulons une nouvelle politique », résume Pascal Canfin sur BFMTV.

Or, le président de la République n’a aucune intention de changer de politique, bien au contraire : « en nommant Valls à Matignon et en réaffirmant la centralité du Pacte de responsabilité, il assume dorénavant son orientation libérale et autoritaire, affirme le député vert Sergio Coronado. Et comme disait Mitterrand, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ».

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Manuel Valls « propose aux écologistes des postes quand nous, (...) nous voulons une nouvelle politique », résume Pascal Canfin sur BFMTV.
    Et c’est bien ce que voulait les parlementaires JV Placé et Barbara Pompili, peu importe la politique pourvu que l’on est une part de gateau, bien dans leur logique de bobo

    tchoo Le 5 avril 2014 à 10:00
       
    • C’est plutôt très décevant de ne pas mettre en application les transformations que nous prônons quand nous avons enfin le pouvoir de le faire

      Se retirer du gouvernement à ce moment là est absurde !
      Il aurait fallu au moins passer à l’acte et renoncer avec fracas si les choses ne se concrétisaient pas

      Par contre, revendiquer une politique de gauche en refusant les adhésions à prix modérés pour les précaires et les étudiants , c’est incohérent. Et c’est avec ces refus de s’ouvrir que le parti court à sa perte . Trop de double langage tue .

      dommage Le 8 avril 2014 à 08:30
  •  
  • Manuel Valls « propose aux écologistes des postes quand nous, (...) nous voulons une nouvelle politique », résume Pascal Canfin sur BFMTV.
    Et c’est bien ce que voulait les parlementaires JV Placé et Barbara Pompili, peu importe la politique pourvu que l’on ait une part de gateau, bien dans leur logique de bobo

    tchoo Le 5 avril 2014 à 10:01
  •  
  • AU PC comme chez les verts, nombreux sont ceux qui désirent aller à la gamelle.

    La Renaudie Le 7 avril 2014 à 17:40
  •  
  • C’est maladif cette volonté de toujours cogner le PCF...alors que le sujet est en l’occurrence EELV...
    Ramener tout débat à des histoires de gamelles révèle quand même l’état pitoyable de la réflexion, plutôt de la non réflexion, chez certains...
    Essayez de faire 10 lignes d’analyse...vous avez tout votre temps et tous documents pour faire du copier-collé !

    Gabriel Massou Le 7 avril 2014 à 21:46
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?