Assemblée nationale
Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 29 avril 2014

Vote du Pacte de stabilité : les prémisses d’un bouleversement politique

Le "Pacte de stabilité" a été adopté par l’Assemblée ce mardi 29 avril. Si l’issue du vote ne faisait aucun doute, la composition de la majorité pour entériner ce pacte était, elle, très attendue. La décomposition du PS l’est-elle désormais ?

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Confronté à une agitation du groupe parlementaire socialiste, gouvernement et direction du PS ont manié carotte et bâton pour circonscrire la fronde des députés. Au sein du Bureau national, le vote "solennel" sur le Pacte de stabilité n’a recueilli que 31 pour et 15 contre. Mais dans une interview au journal Le Monde, le nouveau premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, déclare : « Si à chaque vote, des élus socialistes votent contre, on n’est plus dans une défiance plus ou moins organisée, mais dans une sécession ».

Une majorité étriquée

La réunion du groupe socialiste, en présence de Manuel Valls est ainsi commentée par un Gilles Savary menaçant : « Le Premier ministre a été ferme et déterminé en plaçant le groupe devant ses responsabilités. Il a dit que sous la Ve République, une majorité qui n’est plus derrière son gouvernement est une majorité qui disparaît. C’est très simple, une partie des socialistes se dérobent dans la gestion de crise ». Manuel Valls, dès le début de son intervention à l’Assemblée, a indiqué : « Le vote d’aujourd’hui est un instant de vérité. Ce n’est pas un vote indicatif, c’est un vote décisif. »

Côté carotte, le bilan est plutôt maigre. Le cap des 50 milliards d’économies a été maintenu et toutes les propositions alternatives, pourtant bien timides, ont été écartées. Le gouvernement a simplement concédé le maintien du pouvoir d’achat pour les pensions de retraites inférieures à 1.200 euros et une petite revalorisation des salaires pour les fonctionnaires de catégorie C.

Dans ces conditions, le gouvernement de Manuel Valls n’obtient qu’une majorité étriquée : 265 pour, 232 contre et 67 abstentions dont 41 socialistes. Le détail des votes qui figure sur le site de l’Assemblée nationale montre que ce mince succès est obtenu grâce à trois députés écologistes qui ont voté pour et à la neutralité bienveillante d’une partie de la droite. Quatre députés de droite ont en effet approuvé le pacte : trois membres du groupe UDI et Frédéric Lefebvre de l’UMP, qui a affirmé au Monde : « Nous n’avons aucun intérêt à nous caricaturer en rejetant de manière systématique tout ce que propose François Hollande ». À cela, il faut ajouter l’abstention de 17 députés UDI, de trois députés UMP et de deux écologistes.

Les décantations au sein du PS ne sont pas achevées

Le président du groupe de l’UDI (vingt-neuf députés), Philippe Vigier, avait annoncé que les députés centristes allaient majoritairement s’abstenir. Dès dimanche, dans un cri du cœur, le président par intérim du parti centriste Yves Jégo avait annoncé la couleur : « Je ne vois pas comment l’UDI pourrait voter contre le plan Valls. » Cette affirmation est incontestable, tant le plan du gouvernement épouse le credo libéral – et c’est bien là le problème. Si les 41 socialistes qui se sont abstenus avaient voté contre, le pacte aurait été repoussé, ouvrant une crise salutaire dans la majorité. C’était sans doute beaucoup leur demander, mais il ne fait pas de doute que les décantations au sein du Parti socialiste ne sont pas achevées.

Le résultat du vote a donc dépendu de l’attitude d’une partie de la droite. En réalité, seules des considérations tactiques empêchent l’UDI, voire une partie de l’UMP, de soutenir la politique économique du gouvernement – qui est pourtant la leur. Cela traduit tout simplement un tournant désormais achevé par les socialistes, établissant que la politique menée est bel est bien de droite.

Comme l’indique Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS : « Tour de vis sur les collectivités, étranglement des hôpitaux publics, gel de prestations sociales, vaste redistribution des ménages vers les entreprises : ces choix balaient les fondements de la gauche de gouvernement ». À l’issue du vote, Manuel Valls a salué « un acte fondateur ». Il n’y a nulle raison de s’en féliciter, mais il a peut-être raison, car c’est bien à la liquidation de la gauche telle qu’elle s’est constituée depuis le milieu du XIXe siècle que nous assistons.

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  • Si les 41 abstentionnistes avaient voté contre, la confiance sur ce texte n’aurait été adopté. Ils ont donc contribué à le faire passer.

    S’il est de bon ton par les temps qui courent de spéculer, il serait très abusif de croire que les trois années qui viennent permettront à ces 41-là de s’affranchir du social-libéralisme de leur parti. La métamorphose social-libéral du PS est accomplie.

    Et puis, quand bien même !

    Il doit être rappelé que, passées les élections, les formations politiques actuelles, PS et EE-LV, sont des coquilles quasiment vides.

    De surcroît, les députés de la présente Assemblée nationale n’ont été élus que grâce au scrutin majoritaire, marginalisant les près de 40 % des électeurs qui s’étaient mobilisés au 1er tour de la Présidentielle pour des partis quasiment pas représentés ensuite au Parlement.

    Sans compter les taux d’abstention qui augmentent dans l’entre-d’eux.

    Tout cela pour dire qu’il serait périlleux d’échafauder une stratégie d’élargissement du FdG autour de "la gauche" de ces deux formations — comme le PCF semble s’y orienter.

    Ce serait une nouvelle erreur d’optique.

    C’est vers les abstentionnistes que nous devons nous tourner.

    Cela suppose de répondre à la question centrale de la lutte contre le chômage, et en tirer les conséquences idoines par rapport à l’euro, l’U.E. et le souveraineté nationale.

    Cela suppose également un tout autre fonctionnement du Fdg, de sa pratique de direction, de ses rapports aux non-écartés, d’octroyer une véritable souveraineté aux Assemblées citoyennes dès lors qu’elles sont l’émanation d’un collectif militant qui ne prolonge pas un seul des partis.

    Cela suppose enfin de rendre usuelle l’éducation populaire.

    La discussion sur la stratégie d’élargissement du FdG et de sa conquête du pouvoir doit s’exercer à ciel ouvert et non dans le cadre des cénacles des directions du PCF et du PG. Que de temps déjà perdu, à force de verrouillage !

    Serge Marquis Le 30 avril 2014 à 19:01
       
    • Analyse très pertinente de Serge Marquis. J’aurais pu écrire ses lignes, elles sont claires. Cela montre qu’il y a bien des convergences autres que celles qui sont vraiment"officielles", ce dont souffre cruellement encore le FdG.
      Amitiés

      Titus Le 30 avril 2014 à 20:09
    •  
    • D’accord avec Serge Marquis à l’exception de sa critique mettant sur le même plan PCF et PG. Il sait très bien que les objectifs poursuivis par les deux formations ne sont pas identiques. Ces derniers jours, les tribunes parues dans l’Huma montrent bien qu’il existe au sein du PCF une force organisée au plus haut niveau qui ne veut en aucun cas d’un FdG tel que celui auquel aspire Serge Marquis . Renvoyer dos a dos les deux organisations en espérant le salut de je ne sais quelle force auto-organisée.

      Bernard CC Le 30 avril 2014 à 22:20
  •  
  • En réponse à Bernard CC :

    Je ne mets pas exactement le PCF et le PG au même niveau, mais…

    Si le PCF cherche désespérément à se survivre et, de ce fait, se trouve bien loin de se dépasser, quitte à prendre des libertés (c’est un euphémisme !) avec l’esprit des Assemblées citoyennes, le PG porte une responsabilité sérieuse dans la situation actuelle.

    Il s’est en effet satisfait depuis des années des relations au sommet avec le PCF, ne donnant guère de place à l’activité trans-partis possible du FdG (formation politique commune, forums nationaux, tract commun, etc.).

    Il n’a pas non plus été exemplaire dans son fonctionnement de direction. Ce qui explique largement pourquoi il n’a pas été rejoint par la gauche anticapitaliste, les ex- du MRC, etc. Le "parti-creuset" a accouché d’une souris. Or beaucoup de choses dans l’évolution du FdG dépendait de cette exemplarité.
    "Les moyens expliquent la fin."

    Il n’a non plus, lorsque cela s’est révélé nécessaire, pris à témoin les militants du FdG, rendu du publique la nature exacte des divergences stratégiques. La porte s’est fendue sous le poids des forces centrifuges.

    Je ne crois pas non plus qu’il ait utilisé l’éducation populaire comme il le devrait, axe pédagogique de sensibilisation, d’explication, essentiel, à un moment où le lien citoyen s’est délité.

    Il n’a pas pris la mesure de la période, encourageant la surenchère sans proposer en contrepartie un argumentaire alternatif. Mélenchon est désormais perçu comme protestataire là où il a eu maintes et maintes fois l’occasion de développer ce que nous ferions à la place. Il s’est abîmé dans l’incantation.

    Je reste membre du PG, mais je suis lucide sur les fautes politiques qu’il a commises, permettant d’ailleurs au PCF d’en rajouter sur sa nécessaire existence.

    Etc.

    Serge Marquis Le 1er mai 2014 à 12:49
       
    • Il y a toujours quelqu’un pour dire qu’il sait mieux, peut-être surtout dans la France contemporaine. Je pense que le temps contemporain pose un certain défi à la gauche : comment s’unifier dans ces temps hyperindividualistes ? Avant, l’unification progressiste des gens était facilitée par le fait que chacun n’avait pas un nombre de moyens d’expression quasi-illimité à sa disposition. A un dégrée bcp plus considérable, les gens devaient se rencontrer pour communiquer, et la rencontre de plusieurs gens comme ça a l’effet bénéfique d’unifier, alors qu’aujourd’hui il y a une tendance que chacun s’isole devant son ordinateur ou autre chose pour donner SON avis sur les choses, ce qui n’est pas toujours si unifiant que ça.

      Avant, non seulement les choses se disaient (et franchement pas si rarement mieux qu’aujourd’hui), elles se faisaient aussi. C’est bien de planifier, c’est bien de préparer, c’est bien d’améliorer, mais sans l’action tout tombe à plat. Certains ici et ailleurs me donnent l’impression qu’il y a pas mal de gens qui sont plus préoccupé par "savoir le mieux" que de réellement vouloir une action unie. Ca fait un peu postmoderne et relativiste de vouloir dire "d’un côté le PCF bla bla bla, d’un autre côté le PG bla bla bla", parler pour parler quoi, alors que c’est clair que le plus grand obstacle interne pour le FDG actuellement se trouve dans le PCF. Avant que les choses ont été résolues dans et avec le PCF, avant que le PCF a un profil clair qui permet de le clairement exclure ou inclure dans le FDG, ce parti réduit le potentiel du FDG. Donc les choses avec le PCF doivent être résolu le plus vite possible. Ca devrait aussi contribuer à ce qu’une culture saine d’action et d’unité trouve plus d’ampleur dans le FDG.

      Michel E. Le 2 mai 2014 à 14:16
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